Dragage portuaire : faut-il mieux encadrer ces opérations ?

Face à l’ensablement croissant qui touche de nombreux ports algériens, affectant principalement les infrastructures dédiées à la pêche et à la plaisance, plusieurs wilayas côtières ont lancé début 2023 des appels d’offres dans l’urgence. Ces opérations de dragage visent à approfondir des bassins et des chenaux envasés, dont certains n’ont pas fait l’objet de curage depuis plus de 10 ans, faute de stratégie nationale d’entretien.

Si le phénomène d’ensablement est naturel, il devient problématique lorsqu’il paralyse des ports et requiert des actions correctrices. Or, la précipitation et le manque de préparation entourant ces projets de désensablement sont pointés du doigt. En imposant des délais trop courts ne permettant pas aux prestataires de proposer des offres qualitatives, ou en publiant des cahiers des charges standardisés ne tenant pas compte des particularités de chaque site, les maîtres d’ouvrage biaisent la concurrence et les critères de sélection.

Autre aberration administrative, plusieurs directions locales des Travaux Publics délèguent aux sociétés retenues le soin de mener les études d’impacts environnementaux (EIE), alors que cela relève de leurs prérogatives. Du fait de ce calendrier tardif, les options présentées dans ces EIE sont déjà contraintes par les choix techniques arrêtés en amont dans les appels d’offres, sans évaluation préalable.

Une valorisation déficiente

C’est le cas pour le devenir des sédiments dragués. Le sable dragué dans les ports algériens, matériau stratégique très convoité mondialement, est souvent considéré à tort comme un déchet à immerger. Un réflexe dénué d’innovation, alors que des filières durables existent dans le BTP ou pour recharger le littoral, permettant même des économies.

Pourtant, malgré les alertes de l’ONU sur la surexploitation mondiale du sable, plusieurs gestionnaires algériens choisissent de le déverser en mer. Seules quelques rares Directions des Travaux Publics, à Alger et Tipaza, prévoyaient de le récupérer par souci écologique.

Ce sable prolifère naturellement sur les côtes algériennes, à faible coût. Mais faute de vision à long terme, il est gaspillé au lieu d’être valorisé durablement. Pourtant, l’économie circulaire offre des débouchés : rechargement des plages, construction, etc.

A l’heure où 6 milliards de tonnes de sable marin sont prélevées chaque année dans le monde, l’Algérie dilapide un sable de qualité offert par la Méditerranée. Un gâchis technique et financier révélateur d’un manque d’innovation et de stratégie globale.

L’exception vertueuse de Sidi Lakhder

Le port de pêche de Sidi Lakhder à Mostaganem, confronté historiquement à un ensablement chronique, a montré l’exemple en récupérant systématiquement son sable dragué pour réemploi terrestre lors de ses opérations de dragage successives depuis 2004. Une alternative durable méritant d’être généralisée.

Ce manque de vision globale dans les projets, du diagnostic environnemental à la gestion finale des sédiments, appelle donc à un meilleur encadrement. L’instauration de bonnes pratiques nationales sous forme de guide semble incontournable pour professionnaliser ces opérations, depuis la planification jusque dans la valorisation des matières extraites, dans une logique écologique et économique vertueuse.

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