Après la Tunisie et l’Afrique du Sud, c’est au tour de l’Algérie. Le géant panafricain du commerce en ligne Jumia a officiellement notifié à ses vendeurs partenaires la cessation de l’ensemble de ses activités commerciales dans le pays, selon une lettre datée du 10 février dont Maghreb Émergent a obtenu copie. La plateforme cessera d’être accessible au plus tard le 10 mars 2026.
Dans ce courrier signé par Lies-Paul Mollard, directeur général de Jade E-Services Algeria SARL, la filiale algérienne de Jumia, le groupe invoque “une évaluation approfondie de notre modèle opérationnel actuel” et la nécessité de “concentrer ses ressources sur des marchés à trajectoires de croissance plus fortes”. Les relations contractuelles liant la société à ses vendeurs tiers sont résiliées de fait, et Jumia s’engage à solder l’ensemble des paiements dus avant la fermeture effective.
Un marché marginal dans le portefeuille de Jumia
L’annonce intervient le jour même de la publication des résultats financiers du groupe pour le quatrième trimestre 2025. Jumia, cotée à la Bourse de New York, a indiqué que l’Algérie ne représentait qu’environ 2 % de sa valeur brute de marchandises (GMV) en 2025. Un poids jugé insuffisant au regard des ambitions de rentabilité affichées par le PDG Francis Dufay, qui vise un point d’équilibre sur l’EBITDA ajusté et un cash-flow positif au quatrième trimestre 2026, puis une rentabilité annuelle en 2027.
Le groupe anticipe des coûts ponctuels liés à cette fermeture, notamment des indemnités de licenciement, des frais de résiliation de baux et la liquidation d’actifs. Mais à plus long terme, Jumia estime que ce resserrement géographique renforcera son efficacité opérationnelle.
Un retrait qui s’inscrit dans une stratégie de repli méthodique
Le départ de Jumia d’Algérie s’inscrit dans une longue séquence de désengagements entamée dès 2019, lorsque Jumia avait quitté le Cameroun et la Tanzanie. Fin 2023, le groupe avait supprimé son service de livraison de repas, Jumia Food, dans sept pays dont l’Algérie. En 2024, la Tunisie et l’Afrique du Sud avaient été abandonnées, toujours au nom de la même logique de recentrage sur les marchés les plus rentables.
Depuis l’arrivée de Francis Dufay à la tête du groupe fin 2022, la feuille de route n’a pas changé. Jumia s’est séparée de 40 % de ses effectifs et a méthodiquement élagué ses implantations les moins performantes. L’Algérie constituait l’un des derniers maillons fragiles de cette chaîne. Le groupe se concentre désormais sur ses marchés-clés, à savoir le Nigeria, l’Égypte, le Kenya, le Maroc, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et l’Ouganda.
Des résultats en forte croissance, un titre en chute
Ironie du calendrier, cette annonce coïncide avec des résultats trimestriels en nette amélioration. Le chiffre d’affaires du quatrième trimestre a bondi de 34 % sur un an, à 61,4 millions de dollars, tandis que la GMV a progressé de 36 % pour atteindre 279,5 millions de dollars. Les pertes opérationnelles se sont réduites de 39 %. Pourtant, le titre Jumia dévissait de plus de 16 % à Wall Street ce mardi, les investisseurs sanctionnant un bénéfice par action inférieur aux attentes.
Et maintenant, quel e-commerce pour l’Algérie ?
Le retrait de Jumia laisse un vide symbolique plus que commercial. Présente en Algérie depuis 2014, la plateforme avait accompagné les premiers pas du commerce en ligne dans le pays, allant jusqu’à déployer des points de retrait dans plus de 44 wilayas en partenariat avec des opérateurs logistiques locaux. Mais les difficultés structurelles du marché algérien, entre faible pénétration du paiement électronique, prédominance du paiement à la livraison en espèces et cadre réglementaire encore mouvant, ont eu raison de la patience du groupe.
Pour les quelques centaines de vendeurs partenaires qui animaient la marketplace Jumia en Algérie, la transition s’annonce brutale. Ils disposent d’à peine un mois pour réorganiser leurs canaux de distribution. La lettre de résiliation les invite à régler tout montant dû à Jumia “avant la cessation totale des activités”. Un adieu aussi sec que les formules d’usage qui le closent.
















