L’économiste appelle à une inflexion rapide des politiques macroéconomiques pour éviter un ajustement “brutal, imposé par la contrainte”.
Après avoir posé un diagnostic cru sur les dérives du dirigisme et l’accumulation des déséquilibres macroéconomiques, Abdelrahmi Bessaha revient avec ce qu’il présente comme les solutions pour éviter à l’Algérie le scénario du pire. Son analyse débouche sur un constat politique autant qu’économique : le pays n’a plus le choix qu’entre “un ajustement piloté” et “un ajustement subi”.
Pour l’économiste, l’illusion d’un statu quo protecteur doit être dissipée. “La trajectoire actuelle n’est plus soutenable”, écrit-il. Elle “conduit à une érosion continue des marges de manœuvre” et “accroît la vulnérabilité externe”. Reporter les réformes ne préserve rien ; cela transforme chaque choc futur en menace de crise de balance des paiements et de dévaluation désordonnée.
Ajuster par les prix, non par les pénuries
Bessaha oppose deux philosophies radicalement différentes. La première, qu’il qualifie de “voie efficiente”, consiste à utiliser les prix comme véritables signaux d’allocation des ressources. Cette approche “mobilise de manière cohérente la politique budgétaire, monétaire et de change pour rétablir des signaux crédibles, réaligner les incitations et restaurer la compétitivité”.
La seconde, “voie défensive”, s’appuie sur le rationnement administratif : restrictions aux importations, contingentement des devises, encadrement autoritaire des prix. Cette gestion par les quantités, observe l’économiste, “ne traite ni les déséquilibres sous-jacents ni les rigidités structurelles”. Elle finit par “distordre les prix relatifs, désorganiser l’allocation des ressources et favoriser la recherche de rente”, un diagnostic qui résonne avec les difficultés quotidiennes des opérateurs économiques algériens.
Les leviers d’un ajustement maîtrisé
L’économiste préconise d’abord “un réalignement progressif du taux de change », afin de résorber l’écart persistant entre cours officiel et cours parallèle, un différentiel qui, fin 2025, “dépasse 100 %” entre le taux officiel (environ 151 DZD/EUR) et le taux parallèle (environ 280 DZD/EUR). Il plaide ensuite pour “un réancrage budgétaire fondé sur la maîtrise des dépenses et la réforme des subventions”, en transformant les soutiens généralisés en “dispositifs ciblés -plus efficaces socialement et soutenables budgétairement”.
Enfin, Bessaha appelle à “la restauration de l’indépendance de la politique monétaire”, condition indispensable pour mettre fin au financement inflationniste et ancrer durablement les anticipations des agents économiques.
La souveraineté en jeu
L’intérêt de l’analyse réside dans sa dimension temporelle. “Un ajustement piloté reste possible tant que les réserves ne sont pas épuisées”, insiste Bessaha. Cette fenêtre se referme à mesure que les chocs s’accumulent.
Dans le scénario d’un ajustement contraint, l’Algérie se trouverait acculée à négocier dans l’urgence des financements extérieurs, “dans des conditions potentiellement coûteuses”. Sa capacité à défendre ses choix sociaux et stratégiques s’en trouverait gravement compromise. “Refuser un ajustement piloté aujourd’hui, c’est accroître la probabilité d’un ajustement subi demain”, prévient l’économiste.

















