La CNUCED a publié son rapport annuel sur l’investissement mondial. Les flux vers le numérique explosent, mais l’Afrique en capte très peu. L’Algérie fait légèrement mieux que ses voisins.
L’économie numérique va créer l’essentiel de la richesse mondiale dans les dix prochaines années. C’est ce qu’annonce la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans son rapport publié le 19 juin. Le secteur devrait croître de 10 à 12% par an et représenter plus des deux tiers de la nouvelle valeur créée d’ici 2035. Mais cette manne ne profite pas à tous. Les pays en développement n’en récoltent que des miettes.
Les vingt plus grandes multinationales du numérique, presque toutes américaines ou chinoises, dominent le marché. Sur les dix dernières années, les rachats d’entreprises technologiques ont représenté près de 1 000 milliards de dollars par an. Moins de 15% de ces opérations concernaient des sociétés de pays en développement.
Même constat pour les nouveaux projets industriels. Entre 2020 et 2024, les pays du Sud ont attiré 531 milliards de dollars d’investissements annoncés dans le numérique. Cela paraît considérable, mais 80% de cette somme s’est concentrée sur dix pays seulement. Les États-Unis, à eux seuls, ont capté 36% des investissements mondiaux.
18 projets fintech en Afrique, 206 en Asie
L’écart est particulièrement frappant dans les nouvelles technologies financières. En 2024, l’Afrique entière n’a enregistré que 18 projets fintech. L’Asie en développement en a compté 206 sur la même période.
Les infrastructures numériques manquent cruellement. Il faudrait investir 61 milliards de dollars par an pour connecter correctement les pays en développement. En 2024, seuls 15 milliards ont été débloqués. Résultat, l’Afrique subsaharienne reste sous-équipée. Les pays les plus pauvres n’ont reçu que 3% des investissements mondiaux dans les centres de données.
L’Algérie progresse, mais reste à la traîne
L’Algérie fait figure d’exception relative. Le pays a attiré 1,43 milliard de dollars d’investissements étrangers en 2024, soit 18% de plus qu’en 2023, alors que les flux mondiaux reculaient de 11%.
Alger a engagé plusieurs réformes. L’on citera une nouvelle loi sur l’investissement, l’adhésion à la Zone de libre-échange continentale africaine et la modernisation des ports et des transports. Le gouvernement mise aussi sur la diversification économique, au-delà du pétrole et du gaz.
Le rapport souligne aussi que l’Algérie fait partie des pays qui encadrent strictement les flux transfrontières de données : tout traitement ou transfert de données personnelles vers l’étranger doit faire l’objet d’une notification ou d’une autorisation préalable de l’autorité de protection des données, surtout lorsque le pays de destination n’offre pas un niveau de protection jugé adéquat.
Reste que le pays part de loin. Le cadre réglementaire du numérique est encore incomplet et ce contrôle ex ante des flux de données, même s’il répond à des objectifs de souveraineté et de sécurité, peut alourdir les procédures pour les investisseurs numériques. Les compétences manquent. Sur les 2 000 startups certifiées en Algérie, seules 7% travaillent dans la fintech.
Ce que préconise la CNUCED
Pour attirer les investisseurs, le rapport recommande des règles claires et stables, une main-d’œuvre formée au numérique et des régulations adaptées à chaque secteur. Les pays qui ont mis en place ces conditions attirent davantage de capitaux, constate la CNUCED.
Mais l’agence onusienne met aussi en garde : la course au numérique comporte des risques. Les centres de données consomment beaucoup d’énergie. Quelques géants américains et chinois dominent le marché. Et les États doivent veiller à garder le contrôle sur des infrastructures devenues stratégiques.
Le rapport propose une série de recommandations pratiques, issues de l’analyse de 101 stratégies numériques nationales. Ces orientations s’inscrivent dans le cadre du Pacte numérique mondial adopté par l’ONU en 2024.
















