El Djazair Idjar : 10 ans d’échecs dans le financement des PME

Un récent rapport de la Cour des comptes dresse un bilan préoccupant d’El Djazair Idjar (EDI), société de crédit-bail créée en 2012 pour soutenir le financement des PME algériennes. Plus d’une décennie après sa création, l’établissement peine à atteindre ses objectifs initiaux malgré des augmentations significatives de capital.

Établie avec un capital initial de 3,5 milliards de dinars, EDI avait pour mission principale de faciliter l’accès au financement pour les PME ne disposant pas des garanties traditionnellement exigées par les banques. La société, détenue majoritairement par la Banque de l’agriculture et du développement rural (48,38%) et le Crédit populaire d’Algérie (48,38%), a vu son capital porté à 6,5 milliards de dinars en 2020-2021.

Malgré ces moyens conséquents, la société peine à s’imposer sur le marché. En 2022, elle ne détenait que 4,9% du marché des crédits-bails distribués par les établissements financiers, en légère baisse par rapport à 2020 (5%). Dans le segment spécifique du crédit-bail mobilier, sa part ne s’élevait qu’à 7,7%.

Une activité monocorde et des objectifs non atteints

Le constat le plus frappant du rapport est l’inefficacité opérationnelle d’EDI. Depuis sa création, la société s’est cantonnée au leasing financier mobilier, négligeant le développement d’autres produits prévus dans son plan stratégique, notamment le leasing immobilier – pour lequel elle dispose d’un agrément depuis 2018 – et le leasing islamique.

Cette situation se reflète dans les chiffres de la Cour des comptes. Le nombre de contrats financés a chuté de moitié entre 2020 et 2022, passant de 53 à 28 contrats annuels. Le nombre de clients est resté stable mais faible, oscillant entre 23 et 27 par an. Le volume de financement annuel moyen sur la période 2020-2022 s’est établi à 879 millions de dinars, un niveau jugé insuffisant pour assurer la viabilité à long terme de l’établissement.

Des fonds propres sous-exploités

Cette faible activité contraste avec une situation financière paradoxalement solide. EDI affiche des ratios de solvabilité exceptionnellement élevés – 166,25% fin 2022, bien au-delà de la norme prudentielle de 12%. Les excédents de fonds propres, qui s’élevaient à plus de 6,3 milliards de dinars en 2022, sont principalement placés en dépôts bancaires plutôt qu’investis dans l’activité de crédit-bail.

Les indicateurs financiers reflètent cette gestion inefficace. Le résultat brut d’exploitation a chuté de 42% entre 2020 et 2022, atteignant 107,56 millions de dinars, tandis que les produits bancaires ont baissé de 313 millions de dinars à 236 millions sur la même période.

Plus préoccupant encore, la rentabilité de l’établissement n’a été maintenue que grâce aux reprises de provisions, notamment celles liées aux mesures d’allègement exceptionnelles prises pendant la pandémie de Covid-19. Le rapport souligne qu’en 2021, sans le retraitement des impayés, le résultat net aurait été négatif de 160 millions de dinars.

Des facteurs structurels expliquent cette situation , selon la Cour des comptes, à savoir une gouvernance manquant d’efficacité, des plans d’action insuffisamment précis, une présence commerciale limitée à quatre bureaux régionaux depuis 2018, et des conditions de financement peu attractives avec des taux pouvant atteindre 14%.

Recommandations de la Cour des comptes

Pour redresser cette situation, la Cour des comptes formule deux recommandations majeures. La première concerne l’élargissement de la gamme des produits et services de crédit-bail. Cette diversification apparaît comme un levier essentiel pour améliorer la rentabilité de l’établissement tout en permettant une meilleure maîtrise du risque de crédit à travers une répartition plus équilibrée du portefeuille.

La seconde vise à optimiser la distribution. La Cour invite EDI à tirer davantage profit du réseau commercial de ses banques actionnaires pour promouvoir et commercialiser ses produits et services. Cette recommandation pragmatique permettrait à l’établissement d’étendre rapidement sa présence sur le marché sans engager les investissements considérables qu’exigerait le développement d’un réseau propre.

L.N

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