Elections législatives à Alger-Est: les « habitués » votent, les jeunes ne « sautent » pas

Elections législatives à Alger-Est: les « habitués » votent, les jeunes ne « sautent » pas

« Je ne suis pas un votant. Je ne suis ni inscrit dans la liste ni détenteur de la « carte de vote ». Je travaille dans ce bureau aujourd’hui », explique au HuffPost Algérie un citoyen, la trentaine. « Je suis assistant dans un bureau en haut (2e étage de l’école primaire, ndlr). C’est resté vide depuis 08H du matin. Nous sommes alors descendus », explique-t-il*.

 

 

Les bureaux de vote de la banlieue est de la capitale ont connu une affluence timide durant la matinée de ce 4 mai 2017, jour des élections législatives. Quelques jeunes, mais surtout des moins jeunes, se sont présentés à des bureaux pour accomplir « une simple formalité » selon leurs termes. Par « tradition » ou « habitude » pour certains, par « obligation administrative » pour d’autres.

Deux heures après le lancement des élections, le centre de vote aménagé dans une école primaire dans le quartier Cité du 8 Mai 1945, communément appelé « Sorecal », à Bab Ezzouar, accueillait, dans sa cour, une dizaine de personnes, membres du personnel et quelques votants. Des personnes âgées, munies de leurs cartes d’électeurs ou d’identité, ayant voté ou sur le point de le faire.

Dans le même bureau, les enveloppes insérées dans les urnes se comptent sur les doigts d’une seule main, a-t-on constaté. Le personnel semblait s’ennuyer, attendant patiemment tandis que d’autres membres préféraient sortir fumer une cigarette ou discuter.

« Je ne suis pas un votant. Je ne suis ni inscrit dans la liste ni détenteur de la « carte de vote ». Je travaille dans ce bureau aujourd’hui », explique au HuffPost Algérie un citoyen, la trentaine. « Je suis assistant dans un bureau en haut (2e étage de l’école primaire, ndlr). C’est resté vide depuis 08H du matin. Nous sommes alors descendus », explique-t-il.

Les premiers citoyens ayant accompli leur devoir électoral dans ce bureau de vote, des habitants du quartier principalement, se tenaient toujours debout à la sortie de cette école. Ils attendaient ainsi que leurs connaissances ou amis fassent de même avant de vaquer ensemble à leurs occupations quotidiennes. Ces personnes, des seniors, débattaient ainsi leurs opinions et leurs idées.

L’un d’entre eux, la cinquantaine, explique ainsi avoir voté par habitude. « J’ai toujours voté et donné ma voix à une préférence mais je préfère ne pas divulguer mes choix ». Interrogé sur ses motivations, il reconnaît ne pas avoir été séduit par le programme de ce parti durant la campagne électorale, clôturée ce 9 avril. « Mais je suis ce parti depuis plusieurs années et, dans l’ensemble, je suis satisfait de son projet », conclut-il.

 

Une « formalité administrative » accomplie par « lassitude »

 

Plus loin dans la même commune, près de la daïra de Dar El Beida, un bureau de vote accueillait plusieurs jeunes. Certains font partie du personnel mais d’autres sont bien venus pour accomplir leur devoir électoral. Les personnes de troisième âge sont également présentes, venus des quartiers adjacents.

Que ce soit pour les jeunes ou les moins jeunes, ce vote est une « simple procédure administrative », expliquent-ils. « J’ai inséré une feuille blanche. J’ai aucune idée des noms des candidats ni de leurs programmes ni des partis participants à ces législatives » affirme Adlène, la vingtaine. « J’ai voté pour éviter des « déboires administratifs », poursuit-il.

D’autres citoyens ont « voté blanc » suite à leur déception durant la campagne électorale. « Cette campagne était creuse », regrette une dame au HuffPost Algérie. « Beaucoup l’ont passée à matraquer les citoyens, les appelant à voter en force. Ceux qui avaient un programme présentaient des mesures vagues qui manquaient de pertinence ».

Cette même source affirme avoir voté pour ne pas rompre leurs habitudes, révélant être lassée par le même paysage politique, inchangé depuis des années. « Je pense qu’il fait désormais laisser place à la relève. Les personnalités actuelles ne séduisent plus. Autant laisser les jeunes commettre des erreurs pour gagner en maturité et assurer la relève que persister dans un discours, un dialogue de sourds », poursuit-elle.

Le même constat est émis par Mohamed, 32 ans, fonctionnaire. « J’ai accompli mon devoir électoral par lassitude. J’étais tenté de boycotter mais j’ai préféré marquer ma participation pour éviter d’éventuels problèmes », a-t-il dit, faisant référence à « des chantages exercés par les autorités auprès des Algériens ».

 

Les jeunes ne « sautent » pas

 

D’autres jeunes, dans plusieurs autres bureaux de votes de la banlieue est de la capitale, dont El Hamiz, Dergana ou Rouiba, préfèrent ne pas voter. Par choix abstentionniste ou par manque de culture politique. « A quoi cela nous sert ? », s’interrogent-ils.

Bien que certains soient des membres du personnel encadrant ces élections législatives, ils révèlent ne pas posséder de carte d’électeur ni avoir suivi la campagne électorale. « Je ne voterai pas, même si j’avais une carte d’électeur », affirme ainsi Rabah, 24 ans. Pourquoi ? « Participer à ces élections revient, à mon avis, à légitimer ces députés qui ne finissent plus de décevoir les Algériens », estime-t-il.

Nesrine, 23 ans, affirme quant à elle que sa « voix » ne sera jamais exprimée tant que « la corruption, l’anarchie, le vol et la manipulation nourriront les objectifs des représentants du pouvoir ». Elle explique ainsi le désintérêt des jeunes par leur refus « de voter pour enrichir les dirigeants et appauvrir la population ».

Certains, pourtant habitués à voter lors des dernières élections, que ce soit par conviction politique ou par peur de complication de leurs démarches administratives, expliquent ainsi être définitivement lassés par ces élections. Pourquoi cette abstention ? « Le niveau de nos politiques se dégradent de pis en pis et le fossé entre les autorités et le peuple ne cessent de se creuser », témoigne Yacine, 28 ans, à El Djorf, vers 11H30.

« Quelque part, nous sommes aussi déçus par ces députés qui peinent à défendre les intérêts des citoyens et qui ne constituent plus un poids au Parlement », conclut-il.

Le taux de participation national a atteint 4,13% à 10H contre 4,11% en 2012 à la même heure. Ce premier taux a été annoncé par le ministre de l’Intérieur, Nouredine Bedoui à la télévision nationale.

En dépit de ce taux modeste, M. Bedoui a estimé, qu’il s’agissait d’un « début encourageant ».

 

(*) Cet article a été publié initialement par le Huffington Post Algérie.

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