En poste depuis novembre 2023, Nadir Larbaoui a été remercié par décret. Sans être dans les secrets de l’ex-Premier ministre, on peut supposer que ce “limogeage” a été pour lui un soulagement tant il paraissait mal à l’aise dans une fonction devenue fictive en Algérie.
Depuis qu’Abdelaziz Bouteflika a décidé, avant même de modifier la Constitution, qu’il ne pouvait y avoir de « chef de gouvernement » car il incarnait « l’Algérie toute entière », le poste a perdu toute consistance. En août 2000, Ahmed Benbitour, refusant de cautionner la mise en place d’un gouvernement économique parallèle à la présidence, démissionna. Bouteflika changera ensuite la Constitution pour enterrer l’option d’un chef de gouvernement responsable devant l’Assemblée au profit d’un Premier ministre uniquement responsable devant… le président. Ce dernier concentra tous les pouvoirs, jusqu’à déclarer à une journaliste de l’APS : « Le rédacteur en chef de l’APS, c’est moi ! ».
Pourtant, avant la Constitution de février 1989 qui redonnait du poids au Parlement – et donc au chef du gouvernement qui en était l’émanation –, Chadli Bendjedid avait pris l’habitude de déléguer beaucoup de ses pouvoirs à son Premier ministre. Bouteflika fit exactement l’inverse : il recentralisa toutes les décisions et acheva la fonction politique de « chef de gouvernement », qui, selon les Constitutions de 1989 et 1996, pouvait théoriquement être issu d’une majorité parlementaire et mener sa propre politique.
Avec Bouteflika, il ne restait qu’un Premier ministre réduit à exécuter la volonté du président, sans existence propre.
Une tendance amplifiée sous Tebboune
Le destin d’un Premier ministre algérien oscille donc entre l’oubli, le retrait – moindre mal – et la prison. Sur les 11 Premiers ministres depuis 2000, quatre sont actuellement incarcérés : Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal, Youcef Yousfi et Noureddine Bedoui, dernier chef du gouvernement sous Bouteflika.
Un seul a échappé à cette logique : Abdelmadjid Tebboune, limogé dans une situation de vacance de fait du pouvoir présidentiel, a eu un parcours singulier en devenant président. Mais lui aussi avait expérimenté, lors de son bref passage à la primature, l’extrême fragilité de cette fonction. Sous Tebboune président, le discours officiel prétend rompre avec les pratiques de la « 3issaba», mais la marginalisation du Premier ministre se poursuit, voire s’amplifie. Larbaoui en est l’exemple le plus parlant : il avait disparu de la scène bien avant même son limogeage.