L’événement a été quelque peu éclipsé par la guerre au moyen orient, mais il n’en manque moins pas d’intérêt stratégique compte tenu du contexte mondial : une vingtaine de pays se sont réunis mardi 10 mars à Paris à l’occasion d’un sommet consacré à l’énergie nucléaire, organisé à l’initiative de la France. L’objectif de cette rencontre était d’examiner les moyens de relancer l’atome civil et surtout de mobiliser les financements nécessaires pour soutenir les investissements dans un secteur longtemps jugé coûteux et risqué.
Au total, près d’une quarantaine de représentants d’États et d’organisations internationales ont pris part à cette rencontre organisée à la Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt. Parmi les pays présents figuraient notamment la France, la Belgique, le Japon, l’Italie ou encore la Turquie, ainsi que les États-Unis et la Chine, deux acteurs majeurs de l’industrie nucléaire mondiale. À l’issue du sommet, 27 pays ont appelé à mobiliser davantage de financements publics et privés afin d’accompagner la relance du nucléaire civil.
Les participants ont souligné la nécessité de mettre en place des mécanismes de financement « adéquats, prévisibles et diversifiés », impliquant non seulement les États mais aussi les banques multilatérales et les investisseurs privés, qui ont longtemps observé ce secteur avec prudence.
Un secteur redevenu stratégique
En ouvrant les travaux du sommet, le président français Emmanuel Macron a défendu le rôle du nucléaire civil dans un contexte international marqué par les tensions énergétiques. Selon lui, cette source d’énergie constitue un facteur essentiel d’indépendance et de souveraineté. Le chef de l’État français a notamment souligné que le nucléaire permettait de concilier plusieurs objectifs stratégiques : la sécurité énergétique, la réduction des émissions de carbone et la compétitivité économique. Il a ainsi appelé les acteurs publics et privés à intensifier leurs investissements dans ce secteur, qu’il a qualifié de « véritable secteur d’avenir ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pour sa part estimé que la réduction de la part du nucléaire en Europe ces dernières années avait constitué une « erreur stratégique », privant le continent d’une source d’énergie fiable et relativement abordable. Pour de nombreux responsables, l’enjeu est désormais considérable : tripler les capacités nucléaires installées dans le monde d’ici 2050, un objectif adopté lors de la COP28 à Dubaï et soutenu aujourd’hui par une trentaine de pays.
Un contexte international marqué par les crises
Ce regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. La guerre engagée contre l’Iran par les américains et Israël et ses conséquences sur la stabilité des pays fournisseurs, notamment le Qatar et l’Arabie Saoudite visés par des missiles iraniens, sans compter les perturbations au détroit d’Ormuz d’où transite 20 % des besoins énergétiques mondiaux, a provoqué une forte volatilité des prix du pétrole et du gaz, rappelant la vulnérabilité des pays fortement dépendants des hydrocarbures importés.
Comme ce fut déjà le cas après la guerre en Ukraine en 2022, ces tensions ont ravivé les débats sur la sécurité énergétique et sur la nécessité pour les États de disposer de sources d’énergie souveraines et décarbonées. Toutefois, cette relance du nucléaire intervient alors que cette technologie a longtemps suscité de fortes oppositions. Après la catastrophe de Fukushima en 2011, plusieurs pays avaient annoncé leur intention de réduire ou d’abandonner progressivement cette énergie.
L’Allemagne avait notamment décidé de fermer ses centrales, tandis que de nombreuses ONG environnementales, comme Greenpeace, continuaient de dénoncer les risques liés à l’atome, qu’il s’agisse de la gestion des déchets, des accidents potentiels ou de la prolifération nucléaire. Lors du sommet de Paris, deux militants de Greenpeace ont d’ailleurs tenté de perturber la rencontre en déployant une banderole dénonçant les liens entre nucléaire et conflits internationaux.
L’Algérie prudente face à l’option nucléaire
L’Algérie n’a visiblement pas pris part à ce sommet consacré à la relance du nucléaire civil. Une absence qui s’expliquerait en partie par la position prudente adoptée par le pays sur cette question énergétique. Riche en ressources gazières et pétrolières, l’Algérie ne ressent pas pour l’instant la même urgence que certains pays européens à diversifier rapidement ses sources d’énergie. Les autorités privilégient plutôt le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire, tout en poursuivant la recherche scientifique dans le domaine nucléaire. Le pays dispose déjà de deux réacteurs de recherche : le centre nucléaire de Draria, près d’Alger, et celui d’Aïn Oussera, dans la wilaya de Djelfa.
Ces installations sont destinées essentiellement à la recherche scientifique, à la formation et aux applications médicales et industrielles de l’énergie nucléaire. Dans ce contexte, Alger adopte une approche progressive et prudente vis-à-vis de l’atome civil, privilégiant pour l’heure le renforcement de ses capacités scientifiques tout en observant l’évolution des technologies et du marché énergétique mondial.
















