En l’espace d’un an, l’Algérie a multiplié par six ses achats de panneaux photovoltaïques chinois pour atteindre 2,10 gigawatts. Cette accélération brutale consacre l’entrée du pays dans le club fermé des quatre principaux importateurs arabes, aux côtés des pétro-monarchies du Golfe et de l’Égypte.
Longtemps cantonnée aux déclarations d’intention, la politique énergétique du pays change enfin d’échelle. 2,10 gigawatts de panneaux photovoltaïques importés de Chine en 2025, contre à peine 0,35 gigawatt l’année précédente, selon les données de l’institut de recherche Ember obtenues par l’Energy Research Unit basée à Washington. Un bond de 500% qui propulse l’Algérie au quatrième rang régional, devançant le Maroc, Oman ou la Jordanie.
Depuis 2024 en effet, une vingtaine de centrales solaires ont émergé aux quatre coins du territoire, de Batna à Laghouat en passant par El Oued et Béchar. Le pays, qui ne disposait que de 437 mégawatts de capacité installée fin 2023, a mis en service 400 mégawatts supplémentaires en 2025 d’après le Global Solar Council. L’objectif étant d’atteindre 15 gigawatts d’ici 2035, avec une cible intermédiaire de 27% d’énergies renouvelables dans le mix électrique national dès 2030.
Libérer du gaz pour l’exportation
Chaque mégawatt produit par le solaire économise du gaz naturel dans un pays qui en tire l’essentiel de ses revenus. En développant massivement le photovoltaïque, l’Algérie espère dégager des volumes supplémentaires d’hydrocarbures pour les marchés d’exportation, notamment européens où la demande reste soutenue, voire en hausse.
Cette stratégie explique l’engagement massif de l’État dans des projets pilotés par le groupe public Sonelgaz ou confiés à des consortiums chinois et turcs. Le plus ambitieux, confié aux géants chinois China Water and Electricity et Huaxing Construction, porte sur cinq centrales totalisant 780 mégawatts. À Hassi Delaa, l’entreprise turque Ozgun achève une installation de 362 mégawatts dont la mise en service est prévue début 2026.
L’Iraq emprunte la même voie. Nouveau venu dans le classement régional avec 1,89 gigawatt importé, le pays tente de remédier aux pénuries électriques chroniques qui paralysent son développement.
La mainmise chinoise sur le marché mondial
Cette ruée algérienne s’inscrit dans un mouvement régional plus large, dominé par la toute-puissance chinoise. Les dix principaux pays arabes ont acheté 29,07 gigawatts de panneaux chinois en 2025, contre 27,34 gigawatts un an plus tôt. Les Émirats arabes unis mènent la danse avec 9,54 gigawatts, plus du double de leurs acquisitions 2024. L’Arabie saoudite, qui ralentit après l’achèvement de plusieurs méga-projets, conserve le deuxième rang avec 8,82 gigawatts.
Pékin contrôle aujourd’hui entre 75 et 97% de chaque étape de la chaîne de production mondiale des panneaux solaires, de l’extraction du polysilicium à l’assemblage final, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette mainmise industrielle, bâtie sur des décennies d’investissements massifs et de subventions publiques, a fait du solaire l’énergie la plus compétitive au monde. En dix ans, le prix des panneaux a été divisé par quinze.
Pour les pays en développement, cette baisse spectaculaire des coûts ouvre la voie à une transition énergétique accélérée. Mais elle pose aussi la question de la dépendance technologique à l’égard d’un acteur unique, dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.
















