Énergies renouvelables: L’Algérie fabrique du solaire qu’elle ne peut pas utiliser

Énergies renouvelables: L’Algérie fabrique du solaire qu’elle ne peut pas utiliser
Malgré une production locale, les entreprises algériennes peinent à écouler leurs produits sur le marché national à cause de spécifications inadaptées.

Douze ans après son lancement, le programme des énergies renouvelables bute sur un problème technique concret : les panneaux solaires fabriqués localement ne correspondent pas aux spécifications demandées dans les appels d’offres. C’est ce qui ressort en substance de l’entretien accordé hier par le directeur général du cluster Green Energy Algeria, à la Radio nationale.

Boukhalfa Yaici a en effet détaillé hier sur les ondes de la Chaine III, les difficultés rencontrées par les entreprises algériennes du secteur. Adjudicataires de 30% des premiers appels d’offres, ces entreprises se retrouvent aujourd’hui dans une impasse technique et financière.

Le programme de 3 200 mégawatts, relancé en février 2023 après une interruption de dix ans, constitue la première étape de la stratégie gouvernementale visant 15 000 mégawatts d’ici 2035. Mais entre les annonces politiques et la réalité industrielle, un fossé technique s’est creusé.

Quand les spécifications ne collent pas à la production

Le problème est technique et précis. “Les appels d’offres de 2022 exigeaient des puissances plus importantes que celles dans les panneaux déjà fabriqués par les entreprises et disponibles localement”, explique M. Yaici. Cette différence de puissance, apparemment anodine, a des conséquences dramatiques pour les industriels algériens.

Les entreprises avaient investi dans des lignes de production, contracté des crédits bancaires et développé leur savoir-faire. Elles se retrouvent aujourd’hui avec des stocks de panneaux solaires qu’elles ne peuvent pas écouler. Leurs produits, techniquement corrects, ne répondent simplement pas aux critères des appels d’offres gouvernementaux.

Cette situation pousse mécaniquement les développeurs de projets vers l’importation. Pourquoi s’embarrasser de produits locaux non conformes quand le marché international offre exactement ce que demandent les cahiers des charges ?

Un décret qui dort dans les tiroirs

L’ironie de la situation tient au fait que les outils existent pour corriger le tir. En novembre 2020, le ministère de l’Industrie avait adopté un décret exécutif prévoyant un soutien spécifique à l’industrie des panneaux solaires photovoltaïques. Problème : “Ce décret n’a jamais été mis en œuvre”, déplore M. Yaici.

Le cluster Green Energy Algeria a multiplié les propositions pour adapter les spécifications aux réalités locales. Ces suggestions sont restées lettre morte. Pendant ce temps, les entreprises algériennes accumulent les difficultés financières et voient leurs débouchés se réduire.

La coordination entre les différents ministères impliqués – Énergie, Industrie, Finances – semble défaillante. Chacun avance selon sa logique propre, sans tenir compte des contraintes des autres acteurs. Les industriels algériens payent le prix de cette désorganisation.

L’importation comme seule issue

Face à cette situation, l’importation devient l’option la plus rationnelle pour les porteurs de projets. Les panneaux importés répondent aux spécifications, les délais sont maîtrisés, les financements plus simples à obtenir. Cette logique économique sape les fondements même de la stratégie d’industrialisation locale.

Les entreprises algériennes se retrouvent dans une position intenable. Elles ont investi dans un secteur d’avenir mais ne peuvent pas vendre leurs produits sur le marché national. Elles avaient anticipé une demande locale forte, encouragée par les discours officiels sur l’indépendance énergétique et le développement industriel.

Cette contradiction entre objectifs politiques et réalité technique interroge la cohérence de la stratégie énergétique nationale. Comment concilier transition énergétique rapide et développement d’une industrie locale compétitive ?

La solution existe pourtant : adapter les cahiers des charges aux capacités existantes, quitte à accepter temporairement des performances légèrement inférieures. Cette approche permettrait de donner du temps aux entreprises algériennes pour monter en gamme tout en assurant la viabilité économique de leurs investissements.

Le programme de 15 000 mégawatts reste un objectif atteignable, mais sa réussite dépendra de la capacité des pouvoirs publics à coordonner politique industrielle et déploiement des énergies renouvelables. L’expertise technique existe, les entreprises sont prêtes, il ne manque que la volonté politique de faire correspondre les cahiers des charges aux réalités du terrain.

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