Entre Epstein et Bin Sulayem (DP World): business, sexe et impunité

Entre Epstein et Bin Sulayem (DP World): business, sexe et impunité
Jeffrey Epstein et Sultan Ahmed Bin Sulayem, copains comme....

« J’ai aimé la vidéo de torture ». Ce n’est pas un dialogue de film trash, mais un extrait d’un mail adressé par Jeffrey Epstein à Sultan Ahmed Bin Sulayem, le puissant PDG de DP World, fleuron portuaire des Émirats arabes unis, qui contribue à 30 % du PIB de Dubaï. Ce petit extrait du volumineux – et encore incomplet – dossier du pédocriminel Jeffrey Epstein publié fin janvier par le département de la justice américain (DoJ), est glaçant. Il illustre et met à nu une élite mondialisée qui se pense au-dessus des lois et des règles communes.

Le fric pour acheter du pouvoir

Les mails entre Epstein et Bin Sulayem peuvent servir de trame d’un roman noir pour démontrer qu’à partir d’un certain niveau d’accumulation, l’argent – le fric – ne sert plus à acheter des biens, mais à acheter du pouvoir.

Dans les milliers de mails échangésn Il est question de business – bien sur – mais aussi de sexe, de voyages, de femmes sur yachts et de massage de luxe. « Merci mon ami, je vais goûter une nouvelle femme russe 100 % sur mon yacht », écrit Bin Sulayem en 2013. Un romancier aurait écrit cela, on l’aurait accusé d’avoir une propension à l’exagération. Comme quoi la réalité ordinaire des hyper-riches dépasse même les plus fertiles imaginations. Epstein, le pédocriminel, apprécie Bin Sulayem, qu’il crédite d’être l’un des amis en lesquels j’ai le plus confiance. »

Ces mails racontent, une infime partie, d’un roman vrai et scabreux des élites mondialisées entre gratte-ciel, hôtels cinq étoiles et l’île personnelle d’Epstein. Avec DP World, empire maritime global, Bin Sulayem fait partie du gratin. Il est dans le tour de table et participe au jeu de pouvoir international où argent et influence se confondent. Et, à ce jeu-là, la morale n’est même pas un accessoire. Elle est aux abonnés absents. Epstein, même condamné en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures, est resté un ami intime de Bin Sulayem. Leur correspondance a continué comme si de rien n’était.

Les échanges évoquent des femmes ukrainiennes ou moldaves, des salons de massage à Tokyo offrant des « happy ending », des parties de yachts et des fêtes privées. Et, aussi, ce mail de 2009, glaçant, qui évoque une « vidéo de torture ».

Le règne du cynisme

Dans ce monde-là, l’horreur est anecdotique, le cynisme de règle. Les lois de la société commune ne s’appliquent pas ; seules comptent les alliances, les réseaux et le sentiment d’impunité. Le business devient le prétexte pour tisser des liens, acheter des loyautés et s’offrir des excès que l’argent permet. Epstein ouvre les portes des VIP : de l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak à Peter Mandelson au Royaume-Uni, en passant par les sphères les plus fermées de la finance internationale. Pour Bin Sulayem, c’est un levier : normalisation israélo-émiratie, contrats portuaires à Londres, influence sur des décisions stratégiques.

À Dubaï, l’épilogue n’est pas norvégien

Le mélange fric, sexe et pouvoir n’est pas nouveau ; il est la constante, plus ou moins cachée, des élites mondialisées. Le scandale Epstein le met à nu. Certains noms tombent. Thorbjørn Jagland, ancien Premier ministre norvégien et ancien Secrétaire général du Conseil de l’Europe, actuellement l’objet d’une enquête judiciaire majeure. Le 12 février 2026, il a été officiellement inculpé de « corruption aggravée » par l’unité norvégienne de lutte contre la criminalité économique (Økokrim) en raison de ses liens présumés avec Jeffrey Epstein.

Côté Dubaï, le vendredi 13 février semble être une fin. DP World a un nouveau président et un nouveau directeur général. C’est l’épilogue officiel. Il reste la véritable histoire, celle de yachts, de mails intimes, de femmes achetées comme des accessoires et de rires complices sur l’horreur que l’on peut lire dans les documents du département de la Justice américain.

La chute de Bin Sulayem n’est pas “norvégienne”. Tout un symbole : pas de prison, pas de scandale public local, juste un retrait stratégique. Mais, les romanciers et les lecteurs savent désormais qu’ils peuvent donner libre cours à leur imagination. Les turpitudes des puissants ont toujours des longueurs d’avance.

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