Fake news, chiffres alarmants, attaques personnelles… Depuis l’annonce d’un plan de régularisation de migrants pour intégrer légalement quelque 500 000 travailleurs déjà présents en Espagne, Pedro Sánchez est attaqué avec virulence par les droites espagnoles et européennes, qui agitent, faussement, une prétendue manipulation électorale et le « grand remplacement ».
Un plan de régularisation ambitieux
En réponse à un besoin et à une demande forte de la société civile, le gouvernement espagnol entend régulariser des centaines de milliers de migrants en situation irrégulière, présents dans des secteurs essentiels tels que l’agriculture, le bâtiment, les services domestiques et la restauration. Il ne s’agit pas d’un simple geste humaniste, c’est une démarche réaliste. Son objectif est franchement énoncé : réduire le travail clandestin, compenser le vieillissement démographique et renforcer la cohésion sociale en limitant la précarité et l’exploitation.
Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, n’a pas hésité à aller sur un terrain très hostile aux migrants, les États-Unis, en publiant une tribune au New York Times pour défendre sa politique comme un impératif aussi bien moral que pragmatique. L’Europe, expliquait-il, ne peut prétendre défendre les droits humains tout en laissant des centaines de milliers de personnes vivre dans l’ombre. Il invoquait également l’histoire de l’Espagne, longtemps pays d’émigration, qui doit également inspirer humanisme et réalisme.
Une opposition frontale des droites espagnoles
La réaction politique a été immédiate et violente. Le Parti populaire (PP) qui, par le passé, a aussi mené des politiques de régularisation, fait désormais feu de tout bois contre Sánchez. Il a tiré à vue en dénonçant un « effet d’appel » qui créerait une pression sur les services publics.
Vox, formation d’extrême droite au discours raciste et xénophobe, a présenté la régularisation comme une menace pour l’identité nationale et associe systématiquement immigration et insécurité, reprenant les ressorts de la rhétorique complotiste du « grand remplacement ».
Les médias conservateurs amplifient ces critiques, tandis qu’au niveau européen, plusieurs États observent la mesure avec beaucoup de réserves, alors que le Pacte européen sur la migration et l’asile va dans une direction opposée à la politique de Madrid. Le contraste est en effet frappant avec les approches restrictives adoptées dans plusieurs capitales européennes.
Un pari politique cohérent
Cette régularisation, qui concerne de500 000 à 800 000 personnes selon les estimations, constitue un pari politique majeur. Elle expose le gouvernement Sánchez, affaibli par des affaires de corruption ayant touché certains cadres du PSOE, à des attaques virulentes et à des discours complotistes, notamment l’idée selon laquelle les migrants régularisés deviendraient une base électorale immédiate.
Une affirmation mensongère puisque, juridiquement, la régularisation ne confère ni naturalisation automatique ni droit de vote. Mais, les détracteurs du gouvernement ne s’embarrassent pas de la réalité des faits. Tout est instrumentalisé pour organiser le siège du gouvernement de gauche qui se maintient malgré une arithmétique parlementaire délicate. Les arrivées de migrants, notamment via la « route algérienne », sont, sans surprise, largement exploitées pour attaquer la politique de l’exécutif.
Sánchez, lui, maintient qu’il s’agit de mettre fin à l’irrégularité et de structurer une politique migratoire pragmatique et humaniste. Une option qui contraste avec les logiques sécuritaires dominantes. Le débat espagnol, virulent et alimenté par les « bulos » (fake news), reflète une fracture plus large en Europe : certains États considèrent l’immigration comme un levier économique et un défi à organiser, tandis que d’autres la voient comme un risque identitaire. Pedro Sánchez incarne ici le pari courageux d’une Europe capable de concilier contrôle des frontières, besoins démographiques et principes humanistes.
















