Le rush des ressortissants algériens vers le consulat de leur pays à Alicante, afin d’obtenir des procurations pour le retrait de leur casier judiciaire en Algérie, provoque depuis plusieurs jours des tensions avec les commerçants et les riverains du centre-ville.
De longues files d’attente se forment dès l’aube, parfois même la veille, devant le bâtiment situé à proximité du Marché central. Des centaines d’Algériens s’y rendent pour établir des procurations permettant à leurs proches en Algérie de retirer le bulletin n°3 du casier judiciaire, document indispensable à la constitution d’un dossier de régularisation en Espagne.
Cette affluence soudaine perturbe la circulation et irrite commerçants et habitants du quartier. Ces derniers ont lancé une pétition réclamant une meilleure organisation de l’accueil au consulat. Ils dénoncent l’encombrement des trottoirs, les attroupements nocturnes et les nuisances liées à la présence continue de demandeurs dans l’espace public.
Encadrer autrement les rendez-vous
En réponse, la Sous-délégation du gouvernement espagnol a convoqué une réunion officielle réunissant le sous-délégué, le consul d’Algérie à Alicante et le préfet provincial. Les participants ont examiné la situation afin d’identifier des solutions permettant de préserver l’ordre public tout en facilitant le traitement des démarches consulaires.
L’un des points centraux concerne le mode d’accueil du consulat. Alors que la majorité des administrations espagnoles fonctionnent désormais sur la base de rendez-vous numériques, l’accès au consulat algérien repose encore largement sur la présence physique et la distribution de tickets sur place. Ce système incite de nombreuses personnes à se présenter sans convocation préalable, dans l’espoir d’être reçues, ce qui accentue la congestion autour du bâtiment. Les autorités locales et le consulat étudient une réorganisation des horaires, un filtrage par rendez-vous et un encadrement plus strict des files d’attente afin de réduire la pression sur le quartier.
Le média local Informacion souligne que les relations habituellement cordiales entre les habitants d’Alicante et la communauté algérienne se sont quelque peu tendues en raison de ces désagréments. La ville compte environ 9 000 Algériens enregistrés et près de 15 000 dans l’ensemble de la province.
Une course contre la montre
À l’origine de cet afflux figure l’annonce par le gouvernement espagnol d’un processus exceptionnel de régularisation des étrangers en situation irrégulière, qui a créé un sentiment d’urgence parmi les personnes concernées. La Fondation espagnole des caisses d’épargne estime que plus de 17 000 Algériens pourraient être éligibles à cette procédure.
Pour constituer leur dossier, les demandeurs doivent produire un casier judiciaire récent délivré en Algérie. Ne pouvant s’y rendre eux-mêmes, beaucoup sollicitent une procuration afin que leurs proches effectuent la démarche à leur place. Le document doit ensuite être légalisé par le ministère algérien des Affaires étrangères, puis visé par une représentation diplomatique espagnole en Algérie avant d’être utilisable en Espagne.
Ce parcours administratif long et exigeant pousse les intéressés à anticiper, de peur de manquer les délais. Le gouvernement espagnol tente toutefois de calmer les esprits en rappelant que la procédure de régularisation ne débutera qu’en avril et s’étalera sur plusieurs mois.
Si les plaintes des riverains portent avant tout sur la gestion de l’espace public, plusieurs observateurs notent également l’émergence de discours stigmatisants en marge du débat. Dans un contexte où la question migratoire reste sensible en Espagne. Pour de nombreux Algériens concernés, il s’agit avant tout d’une course contre la montre pour sortir de la précarité et accéder à une stabilité longtemps espérée.
















