Le président algérien a confirmé que les ventes à l’étranger hors pétrole et gaz atteignent 5 milliards de dollars, un montant comparable à 2022 mais encore loin des objectifs fixés pour 2025 et 2030.
Lors de son entretien périodique avec la presse nationale, Abdelmadjid Tebboune a mis en avant les 5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures atteints par l’Algérie, contre 1,7 milliard “par le passé”. Une progression qu’il faut replacer dans son contexte. Entre 2017 et 2023, ces ventes ont effectivement triplé. Reste que la trajectoire récente est plus cahoteuse.
Une trajectoire en dents de scie
En 2022, les exportations hors hydrocarbures avaient atteint 5,9 milliards de dollars avant de retomber à 5,05 milliards en 2023, soit une chute de 15,4 % selon la Banque d’Algérie. Cette contraction s’explique largement par l’effondrement des prix du gaz, qui a directement pesé sur la valeur des fertilisants azotés.
Ces derniers représentent encore près de 80 % des exportations de demi-produits, eux-mêmes comptant pour 79 % du total hors hydrocarbures. Quelques segments tirent leur épingle du jeu : le sucre a presque triplé ses ventes en un an (de 89 à 243 millions de dollars), l’électricité aussi progresse (de 162 à 285 millions). Mais l’essentiel reste concentré sur des produits à faible valeur ajoutée, vulnérables aux fluctuations des cours mondiaux.
L’année 2024 a marqué un net rebond avec 7 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, soit une hausse de 45 % sur un an. Cette reprise s’explique notamment par le redressement des prix du gaz et une meilleure dynamique dans l’industrie agroalimentaire et les matériaux de construction. Les matériaux de construction, passés du statut d’importateur net à celui d’exportateur, ont atteint 1,3 milliard de dollars d’exportations.
Les données partielles de 2025, publiées par l’ONS et le ministère du Commerce, confirment cette stabilisation sans changement de structure. Sur les sept premiers mois de l’année, les engrais et produits chimiques ont généré 1,5 milliard de dollars (+9 %), les matériaux de construction 360 millions (+11 %), les produits de carrières et mines 130 millions (+14 %), l’agroalimentaire 151 millions (+13 %) et les appareils électriques 60 millions (+36 %). La croissance reste donc modeste et portée par les mêmes segments qu’auparavant, avec une domination persistante des fertilisants.
Le PPI complique la donne
Le président a pointé du doigt les obstacles dressés par certains pays européens, notamment un système de quotas 88891sur le fer à béton imposé « à l’instigation d’un seul État européen ». Une critique qui s’inscrit dans les tensions commerciales récurrentes entre Alger et Bruxelles. Mais les freins ne viennent pas que de l’extérieur.
Mis en place progressivement à partir de 2023, puis rendu obligatoire et bloquant pour la domiciliation bancaire à l’été 2025, le Programme prévisionnel d’importation (PPI), instauré sous Kamel Rezig, soumet chaque importateur à une validation administrative préalable de son programme d’achats. Officiellement, il s’agit de combattre la surfacturation et la spéculation, de protéger les réserves de change et d’encourager la production locale.
Sur le papier, la logique tient. Dans la réalité, les dossiers s’accumulent, les validations traînent, les corrections se multiplient. Et qui paie la note ? Les exportateurs eux-mêmes. Ceux de l’agroalimentaire, de la plasturgie, de la métallurgie ou des matériaux de construction dépendent des intrants importés pour produire et livrer à l’étranger. Les organisations patronales rapportent des usines en sous-régime, des lignes arrêtées, des contrats perdus. Le pouvoir veut rationner les importations pour économiser les devises, mais bride du même coup les capacités d’exportation.
Ainsi, l’Algérie a beau avoir triplé ses ventes hors hydrocarbures en six ans, elle plafonne désormais autour de 5 milliards de dollars. Bien en deçà des 10 milliards visés pour 2025 et des 29 milliards promis pour 2030. Pour sortir de cette ornière, il faudra trancher entre le contrôle serré des importations et le développement des exportations. Vouloir mener les deux de front semble aujourd’hui la principale entrave à la diversification.
















