Figé dans le 20e siècle, le pari sportif algérien en quasi-faillite

Figé dans le 20e siècle, le pari sportif algérien en quasi-faillite

Le diagnostic financier établi par le cabinet Finabi sur la situation du Pari sportif algérien (PSA), établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), révèle un tableau inquiétant d’une entreprise publique en voie d’asphyxie. Loin d’être un levier de financement du sport national, le PSA s’enfonce dans les pertes, victime d’un modèle administratif figé et d’une incapacité à entrer dans l’ère numérique.

Selon Finabi, les comptes de l’entreprise sur la période 2019–2022 font apparaître un résultat net déficitaire de 140,84 millions de dinars algériens (DA) en 2022, pour un déficit cumulé dépassant 1,56 milliard de DA. Son chiffre d’affaires plafonne à 254,42 millions de DA, tandis que la masse salariale, à 217,33 millions, absorbe près de 85 % des revenus. Sa valeur ajoutée, de seulement 94,44 millions, ne couvre qu’un tiers des charges de personnel. En d’autres termes, le PSA dépense trois fois plus qu’il ne crée de richesse réelle.

Or, la mission de cet établissement, fixée par l’ordonnance n° 66-314 du 14 octobre 1966, est claire : organiser les concours et pronostics sportifs sur tout le territoire national afin de dégager des bénéfices destinés au financement du sport et de la jeunesse algérienne. Près de soixante ans après sa création, cette ambition s’est inversée : au lieu de financer le sport, le PSA en ponctionne les ressources publiques.

Les causes d’un naufrage annoncé

Le rapport Finabi souligne que l’entreprise n’a pas su adapter son modèle à l’évolution du marché. Son activité repose encore sur des tirages physiques et des ventes manuelles, dans un contexte mondial dominé par la digitalisation des jeux et paris sportifs. Sa présence numérique se limite à une modeste page Facebook annonçant les résultats du loto hebdomadaire et à une chaîne YouTube dédiée aux tirages. Aucune plateforme en ligne, aucune application mobile, aucun système intégré de paiement ou de participation à distance : le PSA fonctionne comme si Internet n’existait pas.

La comparaison avec la Tunisie est édifiante. Le PDG de Promosport, Makram Chouchane, déclarait en 2023 sur Mosaïque FM que les paris en ligne généraient près de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Autrement dit, la Tunisie – quatre fois moins peuplée – réalise 300 fois plus de recettes que l’Algérie. La clé ? Une digitalisation complète du secteur, une offre en ligne diversifiée et un modèle partiellement ouvert au privé.

En Algérie, la rigidité bureaucratique et la culture de gestion des EPIC, centrée sur la conformité administrative plutôt que sur la performance, ont produit l’effet inverse. Le PSA illustre le retard technologique chronique du secteur public économique, où la survie institutionnelle prime sur la rentabilité. L’absence de vision numérique et le refus d’ouverture à des partenaires privés ont transformé ce monopole en monument d’immobilisme.

Un monopole public, mais sans stratégie

Le cas algérien n’est pas totalement isolé. Dans le monde, plusieurs sociétés publiques de jeux, comme Veikkaus en Finlande ou Loto-Québec, ont connu des baisses de revenus, parfois même des pertes ponctuelles, face à la concurrence des plateformes internationales et aux changements réglementaires. Ces opérateurs, pourtant dotés de monopoles légaux, subissent la pression du numérique : la migration vers les jeux en ligne, les politiques de jeu responsable et la fiscalité accrue pèsent sur leurs résultats.

Mais contrairement à ces pays où l’État ajuste ses modèles, investit dans le digital et ouvre partiellement le marché pour rester compétitif, le PSA demeure figé dans une logique des années 1970. Aucun plan de modernisation, aucune stratégie de diversification, aucun partenariat n’a été mis en œuvre. Là où ailleurs les jeux publics constituent une source de recettes importantes pour les budgets nationaux, en Algérie, ils sont devenus un centre de coûts.

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