À Tamanrasset, la grève des transporteurs de marchandises ne se résume plus à un simple mouvement social. Elle est devenue une crise économique paralysante, révélant la fragilité d’une ville dépendante des flux logistiques venant du Nord. Ravitaillement interrompu, carburant introuvable, flambée des prix et marché noir florissant : la capitale du Hoggar vit une situation de plus en plus difficile, avec des conséquences directes sur les commerçants comme sur les citoyens.
Gasoil et essence : une pénurie qui bloque toute l’activité
Le carburant est aujourd’hui au cœur de la crise. Pour Lounès, entrepreneur en travaux de bâtiment à Tamanrasset depuis plusieurs années, la situation est devenue intenable.
« Le gasoil et l’essence sont actuellement introuvables. La crise existait déjà avant la grève, mais aujourd’hui elle s’est aggravée », explique-t-il.
Selon lui, certaines stations « ne servent que les voitures touristiques » et refusent l’accès aux véhicules utilitaires. « Personnellement, on m’a refusé le ravitaillement sous ce prétexte. J’ai été obligé d’acheter au marché noir », confie-t-il.
Le prix du gasoil atteint ainsi « 6 000 DA pour un bidon de 60 litres, parfois jusqu’à 10 000 DA », tandis que l’essence peut dépasser « 15 000 DA ». Des tarifs qui rendent toute activité économique non rentable.
Un marché noir du carburant qui s’installe
Cette pénurie a favorisé l’émergence d’un marché parallèle, loin de tout contrôle. À Tamanrasset, le carburant circule désormais hors des stations officielles, à des prix dictés par la rareté et l’urgence. Une économie informelle qui s’impose comme seule alternative pour de nombreux professionnels, mais qui accentue les inégalités et la spéculation.
Pour les artisans, les transporteurs locaux et les entreprises de services, cette situation signifie un ralentissement brutal, voire un arrêt total de l’activité.
Légumes rares, prix en hausse et réserves qui s’épuisent
Sur les marchés, la crise est tout aussi visible. Un restaurateur alerte sur une situation qui se dégrade de jour en jour :
« Aujourd’hui déjà, des restaurants travaillent presque sans marge de bénéfice à cause des prix des légumes. On fonctionne uniquement avec les réserves, mais aucune nouvelle marchandise n’arrive. »
La rareté s’accompagne d’une flambée des prix. « À part la pomme de terre à 120 DA et l’oignon, les autres légumes nécessaires dépassent largement les 200 DA », précise-t-il. Une hausse qui touche directement le consommateur, mais qui menace aussi la survie des petits commerces.
Boulangeries sous pression et files interminables
Même les activités essentielles sont affectées. Ahmed, propriétaire d’une boulangerie à Tamanrasset, décrit un quotidien éprouvant :
« Pour faire le plein, je dois parfois faire la queue sur près de deux kilomètres, avec l’espoir d’avoir ma part. »
Il ajoute : « Il arrive que, lorsque ton tour arrive, on t’annonce qu’il n’y a plus de gasoil. Ils refusent même de remplir les jerricans comme provision. »
Résultat : « Faire le plein est devenu un parcours du combattant. Toute une journée peut être consacrée uniquement à chercher du carburant. »
Le pire scénario dès la semaine prochaine
Si la situation perdure, les perspectives sont alarmantes. Plusieurs commerçants évoquent déjà la fermeture imminente de leurs établissements. Restaurants, ateliers, entreprises de bâtiment et commerces de proximité risquent de baisser rideau, faute de carburant et de marchandises.
À Tamanrasset, la grève du transport a dépassé le cadre sectoriel. Elle menace désormais l’équilibre économique et social de toute une ville. Sans reprise rapide de l’acheminement des marchandises et sans solutions urgentes sur le carburant, la capitale du Hoggar pourrait entrer, dès la semaine prochaine, dans une paralysie totale, aux conséquences durables pour ses habitants.

















