Depuis le 1er janvier, la grève des transporteurs de marchandises révèle une crise à double visage. D’un côté, des agriculteurs et commerçants asphyxiés, incapables d’écouler leurs produits. De l’autre, des citoyens confrontés à une flambée brutale des prix et à une raréfaction inquiétante des denrées de base. Une double perte économique qui met en lumière la fragilité de toute la chaîne d’approvisionnement, aggravée par la hausse des prix du carburant et les incertitudes liées au nouveau Code de la route.
Des marchés sous tension dès les premiers jours de grève
Dans plusieurs wilayas, les effets de la grève se font sentir à une vitesse alarmante. À Tizi Ouzou, des citoyens rencontrés au marché hebdomadaire parlent d’une situation « inacceptable ». En l’espace d’une semaine, le prix de la pomme de terre est passé de 60 DA à 120 DA. La salade s’affiche entre 200 et 300 DA, le piment atteint 240 DA. En seulement deux jours de paralysie partielle, les étals se vident et l’inquiétude monte.
La cause est clairement identifiée, des camions sortent, mais ne reviennent pas, bloqués par l’arrêt de la circulation ou par des décisions de fermeture de certains marchés de gros, notamment dans l’Est du pays. Résultat, moins de produits, des prix qui s’envolent et un consommateur pris en étau.
Agriculteurs et commerçants : des pertes sans précédent
Mais, la crise ne se limite pas au panier du citoyen. Elle frappe de plein fouet les producteurs agricoles, déjà fragilisés par la hausse des intrants. Mohand, commerçant de retour de l’Ouest avec un chargement d’oranges, décrit un marché déséquilibré : « La marchandise était là, mais l’acheteur absent. Pas de demande, pas d’écoulement. »
Dans certaines régions, comme Oued Souf, la pomme de terre est disponible en quantité, mais personne ne vient l’acheter. L’arrêt du transport signifie pour les agriculteurs une accumulation de stocks, des produits périssables qui risquent de se perdre et des pertes financières considérables, sans mécanisme de compensation.
Cette grève s’inscrit dans un contexte déjà tendu. L’augmentation récente des prix du carburant a alourdi les charges des transporteurs, tandis que le nouveau Code de la route, encore en discussion, alimente les craintes d’un durcissement des conditions d’exercice. Pour les professionnels, le modèle économique devient intenable. Pour l’économie nationale, c’est toute la logistique qui vacille.
Quels scénarios si la grève se prolonge ?
Si le mouvement devait durer plusieurs jours, les scénarios sont préoccupants : accentuation de la pénurie, hausse généralisée des prix, pression accrue sur le pouvoir d’achat des ménages, mais également découragement des agriculteurs, qui pourraient réduire leur production lors des prochaines campagnes.
Au-delà du conflit social, cette crise du transport révèle une réalité économique claire, sans solutions rapides et concertées, la double perte celle du producteur et celle du consommateur risque de s’installer durablement, avec des répercussions sur l’ensemble des secteurs et sur la stabilité sociale elle-même
















