La guerre contre l’Iran crée une désorganisation des approvisionnements en gaz naturel liquéfié qu’Alger entend occuper rapidement. Des sources citées par la plateforme spécialisée Énergie indiquent que le gouvernement algérien a donné le feu vert pour intensifier ses ventes sur le marché spot. Les terminaux de liquéfaction et les ports sont déjà en ordre de marche pour accélérer les chargements dans les prochains jours.
Les destinations visées sont l’Égypte, la Jordanie, le Koweït et Bahreïn, toutes confrontées à des ruptures d’approvisionnement depuis l’escalade militaire. La Jordanie a activé ses plans d’urgence en mobilisant une unité flottante de regazéification à Aqaba et en recourant au fioul lourd pour maintenir l’électricité. L’Égypte, confrontée à une demande estivale structurellement élevée, cherche à sécuriser des volumes alternatifs en urgence.
Le détroit d’Ormuz, détonateur mondial
Le contexte est aggravé par la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du GNL mondial. QatarEnergy a annoncé ce lundi l’arrêt de sa production après des attaques iraniennes sur ses installations de Ras Laffan et Mesaieed. Le prix du gaz européen a bondi de plus de 50 % sur le TTF néerlandais dans la journée du 2 mars.
Pour Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique, interrogé par 7sur7, la mécanique est implacable. « Le gaz est important pour la Belgique. Une partie du GNL qatari arrive via Zeebruges. Si des perturbations surviennent, cela pourrait influencer les prix de l’électricité. C’est économiquement très inquiétant. » Il rappelle que l’Europe ne peut se croire à l’abri derrière sa distance géographique. « Nous l’avons vu avec le gaz naturel liquéfié après la fermeture des valves russes. L’Europe a dû concurrencer l’Asie et les prix ont explosé. »
C’est précisément ce réajustement mondial des flux qui profite à l’Algérie. Comme nous l’avons maintes fois noté, Alger dispose d’un avantage géographique décisif : son gaz rejoint l’Europe par les gazoducs Transmed et Medgaz, directement sous la Méditerranée. Aucune perturbation navale ne menace cette route.
Des volumes disponibles, une fenêtre étroite
La conjoncture arrive pourtant dans un contexte de faiblesse exportatrice. Les exportations algériennes de GNL avaient reculé de 23 % en janvier 2026 par rapport au mois précédent, à 440 000 tonnes, leur deuxième niveau le plus bas depuis 2013 au moins. Les travaux de maintenance sur les installations d’Arzew en sont la cause principale. Sur un an, elles restaient en hausse de 51 000 tonnes, mais le reflux mensuel signale des contraintes structurelles que la crise géopolitique ne règle pas sur le fond.
À court terme, Alger dispose de capacités disponibles face à des marchés en demande urgente. Les recettes générées pourraient peser dans un budget national sous tension, les réserves de change ayant chuté à 47 milliards de dollars en octobre 2025.
















