La guerre de Trump contre l’Iran bouleverse déjà les équilibres énergétiques mondiaux. En menaçant les exportations du Golfe et la sécurité du détroit d’Ormuz, le conflit provoque une flambée des prix du pétrole qui redonne à la Russie un avantage financier et géopolitique inattendu.
La Russie est, du moins dans l’immédiat, l’un des grands gagnants de la guerre d’agression israélo-américaine contre l’Iran. La riposte asymétrique de Téhéran et l’endurance inattendue de l’État iranien provoquent une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux.
La décapitation du leadership iranien, marquée par l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei lors des premières frappes, ne s’est pas traduite par l’effondrement de l’État iranien. Au contraire, la décentralisation des capacités de commandement et l’élaboration préventive d’une vaste banque de cibles ont permis d’élargir le conflit à l’ensemble de la région, conformément à la doctrine stratégique que Khamenei avait lui-même exposée avant sa mort.
Cette capacité de riposte, qui s’étend jusqu’à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, constitue une véritable « divine bonne surprise » pour Moscou. Avec le blocage des exportations des pays du Golfe — soit près d’un cinquième de la consommation mondiale de pétrole — la Russie bénéficie d’une spectaculaire embellie de ses revenus pétroliers.
Le prix du brut russe, l’Urals, a bondi de plus de 70 % depuis le 28 février, dépassant même temporairement le Brent avec un baril affiché à plus de 100 dollars le 9 mars. Moscou engrange ainsi environ 150 millions de dollars supplémentaires chaque jour.
« Nous constatons une augmentation significative de la demande en ressources énergétiques russes en raison de la guerre en Iran. La Russie a été et reste un fournisseur fiable de pétrole et de gaz, y compris de gaz acheminé par gazoduc et de gaz naturel liquéfié », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, le 6 mars.
Une aubaine saluée par Sergueï Markov, ancien conseiller de Vladimir Poutine devenu commentateur : « ce n’est que le début de la plus grande crise énergétique de l’histoire moderne. Et tant mieux ».
L’Inde se tourne vers le pétrole russe
Le « retour » de la Russie pétrolière est particulièrement visible en Asie. L’Inde, sous la pression du blocage de ses approvisionnements traditionnels, opère un virage à 180 degrés en se tournant vers Moscou.
L’administration Trump a dû improviser en autorisant temporairement New Delhi à acheter du pétrole russe jusqu’au 4 avril afin d’éviter une panique généralisée sur les marchés. Pour atténuer l’impact politique de cette décision, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a affirmé que cette dérogation « n’apportera pas d’avantages financiers significatifs au gouvernement russe », car elle concerne uniquement des cargaisons déjà bloquées en mer.
Les quantités concernées restent néanmoins substantielles. Plus de 22 millions de barils de pétrole russe stationnent actuellement au large des côtes asiatiques et pourraient désormais trouver preneur. « Notre pétrole est très demandé. S’il y a des acheteurs, nous vendrons », s’est félicité le vice-premier ministre russe Alexandre Novak.
Au cours actuel des marchés, ce stock « flottant » représente plus de deux milliards de dollars que la Russie peut encaisser grâce au feu vert américain.
Une concession américaine qui irrite l’Europe
Cette décision américaine passe très mal en Europe. Depuis 2022, les Européens s’efforcent de limiter les capacités de financement de la Russie afin d’affaiblir l’effort de guerre de Moscou. Voir Washington autoriser, même temporairement, l’achat de pétrole russe par l’Inde apparaît donc pour beaucoup comme une concession stratégique majeure qui offre une inespérée bouffée d’oxygène à l’économie russe.
Vladimir Poutine en profite d’ailleurs pour tendre la main aux entreprises européennes en proposant, non sans ironie, un « deal » pétrolier contre la levée des sanctions. Le président russe a rappelé que la Russie reste un « fournisseur d’énergie fiable » si l’Europe accepte une coopération « libre de toute pression politique ».
La Chine, de son côté, semble mieux tirer son épingle du jeu que l’Inde. Contrairement à New Delhi, Pékin aurait négocié avec Téhéran un passage sécurisé pour ses navires à travers le détroit d’Ormuz.
Dans ce contexte, la vulnérabilité des routes maritimes face à la puissance navale américaine renforce la valeur stratégique des infrastructures terrestres russes. Les oléoducs et gazoducs deviennent pour la Chine des voies d’approvisionnement particulièrement sûres, ce qui pourrait accélérer des projets majeurs comme le gazoduc Force de Sibérie 2.
















