Le PDG d’Alliance Assurances propose la création d’une centrale d’information et l’application stricte du principe “pas de couverture sans paiement” pour assainir un secteur fragilisé par l’accumulation des impayés.
Le patron d’Alliance Assurances, Hassen Khelifati, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’état du secteur des assurances en Algérie. Dans une publication sur LinkedIn, le premier vice-président de l’Union algérienne des sociétés d’assurances et de réassurance (UAR) pointe l’accumulation des créances impayées, qui dépassent parfois les fonds propres des compagnies, et appelle à une réforme “collective, claire et ordonnée” sous l’égide des autorités de régulation.
“Cette situation menace la solidité financière du secteur et affecte la qualité des services rendus aux assurés”, écrit le dirigeant, évoquant des délais d’indemnisation qui s’allongent et une concurrence faussée par des pratiques de non-paiement.
Dans le langage du secteur, les “arriérés” correspondent aux primes d’assurance non réglées dans les délais prévus, ainsi qu’aux créances anciennes accumulées auprès des assurés ou des intermédiaires. Sur un marché où la croissance des primes reste limitée, la pression concurrentielle a poussé certains acteurs à se montrer flexibles sur les conditions de paiement pour conserver leurs clients. Les impayés se sont ainsi accumulés au fil des années.
Pour une compagnie d’assurance, ce phénomène réduit les ressources disponibles pour indemniser les sinistres, financer les frais de fonctionnement ou constituer les provisions techniques. À terme, c’est la stabilité financière de l’entreprise qui est en jeu.
“Pas de couverture sans paiement”
Pour assainir le marché, Hassen Khelifati propose d’abord de conditionner toute garantie au paiement effectif de la prime. Ce principe existe ailleurs, mais il reste peu appliqué en Algérie, où des formes de crédit déguisé se sont installées dans les pratiques commerciales. Le dirigeant reconnaît qu’une telle évolution supposerait une phase de transition, notamment pour les PME confrontées à des tensions de trésorerie.
Le PDG d’Alliance Assurances préconise également la création d’une centrale d’information sur les créances, placée sous la supervision des autorités de régulation. Cet outil, qui fonctionnerait sur le modèle des centrales des risques existant dans le secteur bancaire, permettrait aux assureurs de vérifier la situation d’un client avant toute souscription. Le but serait d’empêcher les assurés endettés de passer d’une compagnie à l’autre pour échapper à leurs dettes, avec des sanctions pour les contrevenants.
Enfin, Hassen Khelifati propose l’adoption d’un plan de résorption progressif des arriérés existants, étalé sur trois à cinq ans, avec des objectifs chiffrés et un suivi régulier du régulateur. L’enjeu est de permettre aux compagnies de redresser leurs bilans sans déstabiliser le marché par un choc trop brutal.
Le modèle CIMA en référence
Le dirigeant cite en exemple le code CIMA, qui régit les marchés d’assurance dans quatorze pays africains francophones. Ce cadre réglementaire impose des délais de paiement stricts, prévoit la suspension de garantie en cas d’impayé, et encadre les procédures de renouvellement et d’appels d’offres, limitant ainsi les dérives.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte de réforme du secteur, alors que les autorités algériennes travaillent à une révision de la loi sur les assurances. Le taux de pénétration du marché algérien reste l’un des plus faibles au monde, autour de 0,7 % du PIB, contre une moyenne africaine de 3 à 4 %. Un assainissement des comptes permettrait aux compagnies d’investir dans de nouveaux produits et de réduire les délais d’indemnisation.
















