Hélium : une pénurie mondiale qui pourrait profiter à Sonatrach

Hélium : une pénurie mondiale qui pourrait profiter à Sonatrach
Le complexe de liquéfaction de gaz naturel de Skikda, où la coentreprise Helison, associant Sonatrach et le groupe allemand Linde, extrait de l'hélium liquide à partir du gaz traité sur site, avec une capacité de 600 millions de pieds cubes standard par an. ©SONATRACH

L’Algérie pourrait-elle devenir le fournisseur d’urgence de l’Europe en hélium ? C’est en tout cas ce qui ressort des analyses publiées par plusieurs experts du secteur depuis l’arrêt brutal de la production qatarie, intervenu début mars dans un contexte de conflit militaire au Moyen-Orient.

Le 2 mars 2026, QatarEnergy a suspendu l’ensemble de sa production de gaz naturel liquéfié dans les complexes industriels de Ras Laffan et Messaieed, après que ses installations ont été visées par des attaques de drones. Deux jours plus tard, la compagnie d’État déclarait la force majeure auprès de ses clients. Son directeur général, Saad al-Kaabi, a confirmé au Financial Times que la reprise de la production n’interviendrait qu’à l’issue d’un cessez-le-feu complet, le temps d’évaluer l’étendue des dégâts sur ses installations.

Or le Qatar n’est pas un acteur secondaire sur ce marché. Deuxième producteur mondial avec 64 millions de mètres cubes annuels et deuxième pays par ses réserves prouvées, estimées à 10,1 milliards de mètres cubes selon l’US Geological Survey, son absence pèse d’un poids considérable sur une filière déjà fragile.

Trois mois de perturbations au minimum

Pour Phil Kornbluth, président du cabinet Kornbluth Helium Consulting, le scénario d’une perturbation prolongée est désormais difficile à écarter. Il estime qu’il faudra compter sur au moins trois mois de rupture d’approvisionnement, auxquels s’ajouteront deux mois supplémentaires pour la remise en ordre logistique des circuits de distribution. Les conteneurs ISO qui transitent normalement par Ras Laffan représentent à eux seuls un tiers de l’offre mondiale.

Richard Brock, directeur général du cabinet Garrison Ventures, souligne de son côté la vulnérabilité des chaînes terrestres de substitution passant par le détroit d’Ormuz. Possibles, elles restent selon lui « extrêmement fragiles ». Un participant au marché, cité par la plateforme spécialisée Gasworld, a résumé la situation d’une formule lapidaire : « Il semble que le pire scénario soit désormais en train de se réaliser ».

Sur les marchés au comptant, les prix ont d’ores et déjà bondi, et au moins un fournisseur majeur a commencé à appliquer des surcharges tarifaires.

L’Algérie, troisième réserve mondiale

Dans ce contexte, les regards se tournent vers l’Algérie. Le pays dispose de 8,2 milliards de mètres cubes de réserves prouvées, ce qui le place au troisième rang mondial derrière les États-Unis et le Qatar. Sa capacité de production installée atteint 50 millions de mètres cubes par an, essentiellement extraits lors du traitement du gaz naturel liquéfié issu du gisement de Hassi R’Mel, l’un des plus grands champs gaziers au monde.

Sa production effective demeure pourtant bien en deçà de ce potentiel. En 2024, l’Algérie n’a produit que 11 millions de mètres cubes, la plaçant au quatrième rang mondial derrière les États-Unis (81 millions), le Qatar (64 millions) et la Russie (17 millions). L’écart entre capacité installée et production réelle constitue précisément la marge de manœuvre que scrutent aujourd’hui les importateurs européens.

Une fenêtre stratégique pour Sonatrach

La proximité géographique de l’Algérie avec les marchés européens représente un avantage décisif que ni les États-Unis ni la Russie ne peuvent offrir dans les mêmes délais. Pour Sonatrach, dont la stratégie de montée en valeur des exportations gazières est au cœur des priorités nationales, la crise actuelle pourrait constituer une fenêtre d’opportunité durable, à condition que les capacités de liquéfaction et de conditionnement soient mobilisées à la hauteur de la demande. La coentreprise HELIOS, opérée avec Air Products à Arzew, livre déjà de l’hélium liquide aux marchés européens depuis plus de vingt-cinq ans.

L’hélium, rappelons-le, n’est pas une matière première ordinaire. Gaz rare et non renouvelable, il est irremplaçable dans les équipements d’imagerie médicale par résonance magnétique, dans l’industrie des semi-conducteurs, dans les programmes spatiaux et dans la recherche fondamentale en physique des basses températures. Une pénurie prolongée aurait des répercussions concrètes bien au-delà des seuls marchés de l’énergie.

Actualités

Maroc : 130 000 sociétés dans le viseur du fisc pour inactivité prolongée

Au Maroc, l’administration fiscale intensifie son contrôle sur les entreprises dites « dormantes ». Selon des données relayées par la presse marocaine, plus de 130 000 [...]
Actualités

Mauritanie : plus de 116 millions d’euros pour le secteur de la santé

La Mauritanie accélère ses investissements dans le secteur de la santé, à la fois sur le plan des infrastructures et de la transformation numérique. Deux initiatives [...]
Actualités

Marché noir: l’euro marque une pause face au dinar algérien

L’euro se stabilise face au dinar algérien sur le marché noir des devises de Square Port Saïd ce mardi 10 mars 2026. Les cambistes maintiennent les cotations de [...]
Des pluies
Actualités

Alerte Météo en Algérie : Fortes pluies et retour de la neige dès ce mardi

L’Office National de la Météorologie (ONM) a émis plusieurs Bulletins Météorologiques Spéciaux (BMS) annonçant une dégradation généralisée des conditions climatiques sur une grande partie du pays. [...]
Actualités

Pétrole : la parole de Trump efface trente dollars, Téhéran verrouille le détroit

Le baril de Brent a chuté de plus de 27 dollars en l’espace de quarante-huit heures. Non pas parce que la guerre est terminée, mais parce [...]
Actualités

Quinze ans après les bombes, l’Europe veut plus de gaz libyen

La guerre frappe au Moyen-Orient, et la Libye refait surface. Depuis que les échanges de frappes entre l’Iran, les États-Unis et Israël ont précipité les marchés [...]