Hydrogène vert : l’Algérie vise 1,2 million de tonnes d’ici 2040

Hydrogène vert : l’Algérie vise 1,2 million de tonnes d’ici 2040
Infrastructure du corridor SoutH2 - Le projet reliera l'Algérie à l'Europe pour exporter l'hydrogène vert via un pipeline de 3.300 kilomètres.

L’Algérie a adopté sa stratégie nationale pour l’hydrogène vert en 2023, visant une production de 1,2 million de tonnes d’ici 2040. Le pays table sur le corridor SoutH2 pour exporter vers l’Europe, mais les projets concrets tardent à se concrétiser malgré un positionnement compétitif.

La stratégie nationale de l’hydrogène vert s’inscrit dans la durée. Contrairement à plusieurs pays de la région qui affichent des objectifs pour 2030, l’Algérie et l’Union européenne renforcent leur partenariat énergétique sur un horizon 2040. La stratégie nationale prévoit une production annuelle de 40 térawattheures, soit environ 1,2 million de tonnes, dont 30 térawattheures destinés à l’exportation.

L’Algérie ambitionne de produire plus d’un million de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2040, soit 10% de la demande européenne projetée, a déclaré l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis, Sabri Boukadoum, lors du Forum Énergie Algérie–États-Unis 2025 organisé à Houston en avril dernier. Cette ambition s’appuie sur le partenariat avec l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie à travers le SoutH2 Corridor.

Selon le rapport MENA Energy Outlook 2026 publié par Dii Desert Energy, l’Algérie ne dispose actuellement que de quatre projets hydrogène annoncés, avec un seul nouveau projet lancé en 2025. Cette prudence contraste avec l’urgence affichée ailleurs dans la région, où l’Arabie saoudite vise 4 millions de tonnes dès 2030 et les Émirats arabes unis 1,4 million de tonnes dès 2031.

L’initiative ALTEH2A et le corridor SoutH2

L’Algérie a réaffirmé en novembre 2025 à Berlin son engagement dans les projets Algeria to Europe Hydrogen Alliance (ALTEH2A) et du corridor SoutH2. La délégation algérienne, conduite par le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, et le Secrétaire général du ministère des Hydrocarbures et des Mines, a passé en revue les progrès des deux projets, considérés comme des leviers majeurs dans la future filière euro-africaine de l’hydrogène vert.

L’initiative ALTEH2A s’appuie sur le potentiel considérable de l’Algérie en énergies renouvelables afin de produire et d’exporter de l’hydrogène vert vers l’Europe à travers le SoutH2 Corridor. Ce dernier, mis en œuvre par un consortium regroupant Sonatrach et Sonelgaz (Algérie), VNG (Allemagne), SNAM et SEA Corridor (Italie), ainsi que Verbund Green Hydrogen (Autriche), a été reconnu par la Commission européenne comme projet d’intérêt commun.

Dans un message transmis au nom du ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, le Secrétaire général du ministère a réaffirmé la volonté de l’Algérie de devenir un acteur clé de la transition énergétique régionale. Il a insisté sur le rôle central de l’hydrogène vert dans la stratégie nationale, qualifiée de pilier essentiel du développement durable du pays.

Le corridor opérationnel d’ici deux ans

La présidente de ZHERO, Alessandra Basini, a annoncé que le pipeline d’hydrogène vert Algérie-Italie sera opérationnel dans deux ans. « C’est un projet que nous avons commencé à développer il y a maintenant trois ans. Il reste encore au moins deux ans d’ingénierie et d’autorisations devant nous », a précisé Basini lors d’un entretien en avril 2025.

L’infrastructure comprendra « 2 plus 2 gigawatts de câbles électriques provenant de Tunisie et d’Algérie et arrivant dans le nord de l’Italie ». Le SoutH2 Corridor assurera le transport d’hydrogène vert produit en Afrique du Nord vers l’Europe via un réseau de pipelines d’une longueur comprise entre 3.300 et 4.000 kilomètres.

Le projet intègre « une combinaison d’éolien, de solaire et de stockage par batteries afin d’obtenir un profil de production effectivement en base », permettant de fournir « une électricité de base livrée en Europe » répondant aux exigences des industries européennes. Une portion de la production électrique sera allouée aux industries tunisiennes et algériennes, « afin de les aider face au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) ».

Le nord de l’Italie a été sélectionné comme point de livraison car « c’est là que le réseau est résilient, c’est là que la demande existe et c’est aussi là que, grâce à l’infrastructure existante, je peux livrer cette électricité au bénéfice de clients suisses, allemands, autrichiens ou autres européens », a expliqué Basini.

Un positionnement compétitif mais des défis structurels

L’Algérie arrive en 2ème position en Afrique en termes de faibles coûts de production de l’hydrogène vert, selon un rapport publié le 2 juin 2025 issu d’une collaboration entre l’Université technique de Munich, l’Université d’Oxford et l’École polytechnique fédérale de Zurich.

L’étude, intitulée « Mapping the cost competitiveness of African green hydrogen imports to Europe », met toutefois en lumière une lacune majeure dans les modèles d’évaluation actuels : ceux-ci ne prennent pas suffisamment en compte les spécificités du contexte africain, marqué par des risques élevés et des conditions de financement hétérogènes. Le coût réel de l’hydrogène vert africain destiné à l’exportation pourrait être nettement supérieur aux estimations initiales.

Le rapport insiste sur le fait que l’hydrogène vert africain devienne réellement compétitif à l’exportation, l’engagement des pays européens est indispensable. Des contrats d’achat fermes à prix fixes et des garanties contre les risques de défaut de paiement sont essentiels pour sécuriser les investissements et réduire les coûts à long terme. Sans ces mesures de dérisquage, la production d’hydrogène vert en Algérie risque de demeurer non rentable à l’exportation.

Le projet pilote d’Arzew

L’Algérie prépare actuellement la mise en service d’une station semi-industrielle de production d’hydrogène vert d’une capacité de 50 MW à Arzew, avec le soutien financier du gouvernement allemand et de l’Union européenne. Ce projet s’inscrit dans une feuille de route nationale en trois étapes, visant la création d’une économie de l’hydrogène à grande échelle.

Pour le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, la rencontre de Berlin de novembre 2025 a marqué “une étape essentielle dans l’évaluation des projets de coopération algéro-européenne”. Il a souligné que les initiatives ALTEH2A et SoutH2 Corridor traduisent concrètement la volonté partagée de développer une filière hydrogène verte compétitive et durable.

Le renforcement du partenariat avec l’UE

Le communiqué de la réunion algéro-européenne de février 2026 insiste sur le potentiel algérien dans les filières de l’hydrogène renouvelable, appelées à renforcer la position de l’Algérie comme acteur majeur de la scène énergétique mondiale, et comme fournisseur régional incontournable d’hydrogène.

Les perspectives de coopération incluent des projets structurants liés à l’hydrogène, à l’image du SoutH2 Corridor. L’Union européenne se positionne comme un fournisseur clé de technologies et de solutions énergétiques propres, tandis que l’Algérie est perçue par l’UE comme un partenaire stratégique et durable. Cette complémentarité est présentée comme un levier central pour soutenir la transition énergétique de l’Algérie et la sécurité d’approvisionnement européenne.

Le géant italien Eni a annoncé un investissement massif de 8 milliards d’euros en Algérie au cours des quatre prochaines années. Au-delà des hydrocarbures traditionnels, la coopération avec Sonatrach et Sonelgaz inclut l’offshore, les énergies renouvelables et l’hydrogène vert.

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