Importation : le casse-tête du double registre pour les entreprises de services

Importation : le casse-tête du double registre pour les entreprises de services

Depuis juillet dernier, les entreprises algériennes de services vivent un nouveau calvaire administratif. Pour importer un simple équipement de travail, elles doivent désormais créer un second registre de commerce. Une aberration bureaucratique qui plombe leur compétitivité.

L’information circule depuis quelques semaines dans les milieux d’affaires. Les entreprises relevant du code d’activité « services » (code 6) ne peuvent plus importer directement avec leur registre principal. Il leur faut un second registre, spécialement conçu pour l’importation. Une mesure qui transforme un acte commercial banal en parcours administratif kafkaïen.

Concrètement, une société informatique à Alger ou à Oran qui veut acheter des serveurs européens doit créer une structure parallèle. Même chose pour un cabinet d’ingénierie qui souhaite importer des logiciels spécialisés ou pour une clinique privée qui veut acquérir du matériel médical indisponible sur le marché national.

Des coûts en cascade pour les entreprises

Cette exigence administrative génère des frais supplémentaires que les petites structures peinent à absorber. Chaque nouveau registre au CNRC coûte plusieurs dizaines de milliers de dinars, sans compter les obligations comptables et fiscales qui en découlent.

“Ces entreprises ne sont pas des importateurs mais des acteurs économiques qui créent de la valeur et de l’emploi”, dénonce Slim Othmani, dirigeant d’entreprise, dans une publication sur son compte LinkedIn. Sa colère reflète celle de nombreux chefs d’entreprise qui voient leurs charges administratives exploser.

Le ministère du Commerce justifie cette mesure par la nécessité de « concordance entre le produit importé déclaré et le code l’activité commerciale porté sur l’extrait de registre du commerce ». Une logique rigide qui ignore la réalité économique moderne.

Les entreprises de services ne sont pas des importateurs professionnels. Elles cherchent simplement à s’équiper pour remplir leurs missions. Obliger un cabinet comptable à devenir officiellement « importateur » pour acheter des logiciels révèle une incompréhension fondamentale du tissu économique national.

L’ironie de cette mesure frappe d’autant plus que l’État prône officiellement la simplification administrative. Le portail Sidjilcom du CNRC promet une dématérialisation des procédures. Mais dans les faits, on multiplie les registres obligatoires.

Cette contradiction envoie un signal désastreux aux investisseurs. Comment convaincre des entreprises étrangères de s’implanter quand les sociétés locales peinent à importer une imprimante sans créer une structure juridique dédiée ?

Les conséquences sont immédiates sur la compétitivité. Pendant que les entreprises algériennes jonglent avec leurs doubles registres, leurs concurrentes tunisiennes ou marocaines importent librement leurs équipements et prennent de l’avance technologique.

L’argument sécuritaire ne convainc pas

Le ministère invoque la lutte contre la fraude et les détournements. L’intention peut sembler louable, mais la méthode relève de l’acharnement bureaucratique. Transformer artificiellement une société de conseil en importateur déclaré ne protège en rien l’économie nationale.

Cette approche révèle surtout une vision archaïque de l’économie, où chaque activité doit être enfermée dans une case administrative rigide. Elle ignore la réalité des entreprises modernes qui combinent souvent plusieurs métiers complémentaires.

Le ministère du Commerce multiplie par ailleurs les circulaires et obligations, ajoutant régulièrement de nouvelles contraintes documentaires pour les importateurs. Chaque mesure prise isolément peut paraître justifiée. Mais leur accumulation crée un environnement hostile à l’entreprenariat.

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