Importer en Algérie après l’Algex : un nouveau parcours imposé

Importer en Algérie après l’Algex : un nouveau parcours imposé
port d 'Alger

La suppression de l’Algex, décidée par le président de la République en avril dernier, a marqué un tournant majeur dans le paysage du commerce extérieur algérien. Présentée comme une réforme nécessaire pour rationaliser les importations et réduire la facture en devises, cette décision a plongé, dans un premier temps, de nombreux importateurs, mais aussi une partie des producteurs, dans une zone d’incertitude. Depuis juin 2025, le métier d’importateur en Algérie a profondément changé. Importer reste possible, mais le chemin est désormais plus long, plus encadré et parfois déroutant.

Un nouveau départ depuis juin 2025

Depuis la mi-juin 2025, l’importation de produits finis destinés à la vente ou de matières premières pour l’industrie obéit à de nouvelles règles. Le principe affiché est clair : plus de contrôle, plus de traçabilité et une meilleure coordination entre les institutions. Dans la pratique, les opérateurs économiques découvrent un système lourd, centralisé et ouvert uniquement deux fois par an, ce qui complique sérieusement la planification des activités.

Le lancement officiel, le 17 décembre, de deux plateformes numériques dédiées à l’importation devait marquer le début d’une nouvelle ère. En réalité, pour de nombreux importateurs, ces outils ont surtout révélé la complexité du nouveau dispositif.

Première étape : l’inscription sur la plateforme du ministère

Désormais, toute opération d’importation commence obligatoirement par l’inscription sur la plateforme du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations. L’importateur doit y renseigner son registre de commerce, sa carte d’artisan ou sa carte de fermier, ainsi que d’autres données légales et financières, en précisant son activité exacte. C’est sur cette plateforme que sont centralisées la majorité des informations liées à l’importation.

Cette étape, présentée comme une simplification administrative, est devenue un passage obligé parfois laborieux, notamment en raison du manque d’accompagnement et d’informations claires. Sans inscription validée, impossible d’aller plus loin, que l’on importe pour la vente en l’état ou pour la production industrielle.

Le PPI, cœur du nouveau dispositif

Pour les importateurs de matières premières, un autre obstacle s’impose : le PPI, Plan prévisionnel d’importation. Ce document, exigé depuis 2025, doit être déposé uniquement deux fois par an. Il oblige les entreprises à anticiper leurs besoins sur une période de six mois, un exercice délicat dans un contexte économique instable.

Le PPI détaille les produits à importer, les quantités, leur usage et le lien avec le plan de production. Une fois rempli, signé et tamponné, il doit être visé par le ministère de tutelle, puis transmis électroniquement au ministère du Commerce extérieur. Sans validation du PPI, aucune suite n’est possible. Plus encore, le ministère peut réduire les quantités demandées, voire refuser certaines lignes, laissant les entreprises dans l’expectative, avec la participation de la Banque d’Algérie et de l’ABEF (Association des banques et établissements financiers) au cours de cette démarche.

Banque, devises et feu vert obligatoire

Même après validation du PPI, le parcours est loin d’être terminé. Depuis juillet 2025, les banques algériennes ne peuvent plus procéder à une domiciliation bancaire ou à un transfert de devises sans l’accord explicite du ministère du Commerce extérieur. Cette mesure concerne aussi bien les biens que les services importés.

Pour les importateurs, cette étape est devenue l’un des principaux points de blocage. Les délais s’allongent, les dossiers se multiplient et la moindre erreur peut retarder une opération de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois.

Une fois les contrats signés et les paiements autorisés, l’importateur doit encore choisir le mode de transport, souscrire une assurance et préparer le dossier de dédouanement. À l’arrivée de la marchandise au port, la Douane exige un dossier complet : facture commerciale, connaissement, certificat d’origine et documents techniques.

Le dédouanement reste l’ultime épreuve. Toute incohérence peut entraîner un blocage, des frais supplémentaires et des retards de livraison, avec un impact direct sur les coûts et la disponibilité des produits sur le marché.

Pourquoi importer est devenu si complexe ?

Face au manque d’informations officielles et à l’absence de suivi personnalisé, un nouveau phénomène émerge : la multiplication de bureaux privés d’orientation et de suivi. Ces structures proposent d’accompagner les importateurs à chaque étape, moyennant des honoraires parfois élevés. Un signe révélateur des difficultés rencontrées sur le terrain.

Importer en Algérie en 2026 n’est plus une simple opération commerciale. C’est un processus stratégique, encadré, sélectif et exigeant. L’objectif des autorités est clair : maîtriser les importations et préserver les équilibres macroéconomiques. Mais pour les opérateurs économiques, le défi est réel : s’adapter à un système rigide, anticiper sur six mois et naviguer dans un environnement réglementaire en constante évolution.

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