L’Algérie mise énormément sur l’innovation entrepreneuriale pour redynamiser son économie. Cependant, une analyse du Think Tank CARE, signée par le Dr Ali Yousnadj, vient tempérer cet enthousiasme. Si l’encouragement des jeunes ambitieux est nécessaire, lier l’avenir industriel du pays au seul succès de la start-up relève d’une vision incomplète. Pour transformer une idée en produit industriel, un écosystème complexe et structuré s’avère indispensable.
Le mirage du taux de création
Le débat public se concentre aujourd’hui sur le nombre de nouvelles entreprises et les dispositifs d’accompagnement. Pourtant, la start-up présente structurellement un risque élevé. Même dans les économies les plus développées, leur taux de survie est souvent inférieur à 20 %. Par conséquent, fonder une stratégie de relance nationale uniquement sur ces entités fragiles est périlleux. L’innovation ne signifie pas automatiquement industrialisation. Une idée brillante a besoin d’un socle technique solide pour devenir un produit commercialisable. Or, le soubassement industriel algérien souffre de lacunes profondes qui freinent la maturation des projets innovants.
Un écosystème technique encore incomplet
Pour qu’une start-up technologique réussisse, elle doit s’appuyer sur des fonctions industrielles critiques. Malheureusement, l’écosystème national manque cruellement de capacités en ingénierie, en essais de qualification et en certification. Que ce soit dans le secteur public ou privé, les fonctions de développement et de métrologie restent marginales. Actuellement, l’industrie locale repose largement sur le montage ou la fabrication sous licence. Ce modèle d’unités « clés en main » n’a pas généré de véritable transfert de savoir-faire. En l’absence de ces « organes vitaux », la start-up subit de plein fouet des insuffisances qu’elle ne peut pas combler seule. Elle se retrouve paralysée au moment de passer du prototype à la production de masse.
Agir sur deux fronts technologiques
Le Dr Yousnadj préconise une approche complémentaire pour sortir de cette situation. D’un côté, l’Algérie doit rester en phase avec les technologies de rupture comme l’Intelligence Artificielle ou la fabrication additive. Ces outils offrent des raccourcis vers la modernité. De l’autre côté, il est urgent de combler les retards de l’industrie 3.0. Cela inclut la maîtrise des matériaux, la robotique industrielle et la rétro-conception. Sans cette base technique « classique », les innovations des start-up resteront des intentions sans lendemain.
L’étude de CARE interpelle directement les pouvoirs publics. L’État ne peut se contenter d’un rôle de simple régulateur. Il doit redevenir un acteur effectif du développement en investissant dans les capacités structurelles qui marquent les économies matures. Le cadre actuel de promotion de l’investissement a besoin de cette mutation profonde pour porter ses fruits. En conclusion, la start-up est un levier puissant, mais elle a besoin d’un point d’appui : une base industrielle cohérente et structurée par branches. Sans cette synergie, l’innovation risque de rester confinée au secteur des services et du numérique, sans jamais transformer le cœur de l’industrie nationale.
















