Dix ans après l’introduction de son traitement contre l’hépatite C sur le marché national, le laboratoire BEKER a organisé une rencontre médiatique ce mercredi 21 janvier 2026 à l’hôtel RALF à Alger. Médecins spécialistes, chercheurs et représentants de la société civile ont dressé un état des lieux : l’hépatite C reste un problème de santé publique en Algérie, malgré les avancées thérapeutiques de ces dernières années.
Cette maladie reste sous-diagnostiquée et insuffisamment prise en charge en Algérie. De nombreux patients développent des complications graves faute de dépistage précoce. Dix ans après le lancement du traitement BEKER, des progrès ont été réalisés, mais des obstacles persistent.
Dix ans de parcours face à une maladie longtemps ignorée
Lorsque le laboratoire BEKER met sur le marché, en 2016, son traitement contre l’hépatite C, le contexte sanitaire est marqué par de lourdes contraintes. Les options thérapeutiques sont limitées, l’accès au traitement difficile et le dépistage souvent tardif. Cette situation expose de nombreux patients à des formes avancées de la maladie, parfois découvertes au stade des complications sévères.
En une décennie, BEKER a contribué à élargir l’accès à des traitements efficaces, produits localement, tout en renforçant les actions de dépistage et de sensibilisation. Cette stratégie s’est appuyée sur des collaborations avec les professionnels de santé, les associations et les autorités sanitaires.
La rencontre organisée à Alger s’inscrit dans cette continuité : rappeler que la lutte contre l’hépatite C nécessite une mobilisation collective.
Traiter 100 000 patients par an : l’objectif des spécialistes
Parmi les intervenants, le professeur Nabil Debzi, chef de service hépato- gastro au CHU Mustapha-Pacha, a livré une analyse de la situation. « En Algérie, environ 1 % de la population est porteuse de l’hépatite C. Certains espèrent une élimination d’ici 2030, mais il faut être réaliste : même aux États-Unis, l’objectif est fixé à l’horizon 2050 », a-t-il expliqué.
Face à cette réalité, le professeur Debzi avance un objectif : « Nous avons fixé un objectif de traiter 100 000 patients par an. À ce rythme, il est possible de mettre fin à cette maladie dans les années à venir ».
Il a toutefois souligné les limites actuelles du système, notamment dans la prise en charge des toxicomanes. « Ce sont des patients difficiles à traiter. La réutilisation des seringues constitue un moyen de transmission majeur de plusieurs maladies, dont l’hépatite C et le VIH. Ces milieux sont devenus de véritables réservoirs de pathologies », a-t-il indiqué.
Selon lui, sans une réelle volonté du patient de sortir de l’addiction, « le traitement devient inefficace et l’on revient toujours à la case départ ».
L’alerte de l’association El Hayat
Le témoignage de Nawal Bahlouli, présidente de l’association El Hayat, a rappelé la réalité quotidienne vécue sur le terrain. « Depuis des années, nous travaillons avec nos cœurs pour le bien-être des citoyens. La drogue, autrefois cantonnée à une frange marginale de la société, est devenue une tendance », a-t-elle affirmé.

Aujourd’hui, l’association reçoit « des diplômés universitaires, des jeunes instruits, pris au piège de l’addiction ». Si les portes d’El Hayat restent ouvertes à tous ceux qui souhaitent s’en sortir, l’absence de structures adaptées à Alger complique la prise en charge.
« Pour obtenir un rendez-vous à l’hôpital Mustapha, il faut parfois attendre plusieurs semaines. Cette méthode doit être revue, car ces patients, notamment les toxicomanes, représentent un danger ambulant lorsqu’ils ne sont pas pris en charge rapidement », a-t-elle déclaré.
Yacine Zaoui : « Les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité »
Yacine Zaoui, président de l’association AIDS Algérie, a insisté sur l’écart entre les statistiques officielles et la réalité du terrain. « Les chiffres officiels sont loin de représenter le nombre réel de personnes atteintes d’hépatite C et d’autres maladies. En l’absence d’un dépistage massif, beaucoup de citoyens portent le virus sans le savoir », a-t-il indiqué.

Il a également évoqué la dimension humaine du problème. « J’ai des patients qui font le voyage jusqu’à Fouka pour tenter de mettre fin à leur souffrance. Ce qui manque, c’est une véritable main tendue pour les aider à sortir de ce cycle », a-t-il expliqué, plaidant pour une politique de prévention plus inclusive.
BEKER appelle à une mobilisation collective
Le laboratoire BEKER a réaffirmé son engagement à poursuivre ses efforts aux côtés de tous les acteurs concernés : médecins, associations, autorités publiques, médias et société civile.
Dans cette perspective, BEKER a annoncé l’organisation d’une course de sensibilisation le 30 janvier prochain au stade du 5-Juillet, une initiative visant à « courir ensemble contre l’hépatite C » et à attirer l’attention sur cette maladie.
Dix ans après le lancement de son traitement, BEKER rappelle que l’hépatite C demeure un défi sanitaire en Algérie et qu’une action coordonnée et collective reste nécessaire.
















