Une chienne de type caniche, âgée de trois à quatre mois, arrivée à Ibiza à bord d’une embarcation clandestine en provenance d’Algérie, se trouve au centre d’un différend entre administrations espagnoles sur la conduite sanitaire à adopter, rapporte mardi des médias locaux d’Ibiza.
Dépourvu de documents vétérinaires, l’animal a été placé en isolement après son interception le 12 décembre avec une famille de migrants ayant atteint les côtes de l’île par la mer. Selon le site Diario de Ibiza , la petite embarcation serait partie des côtes algériennes avant de rejoindre Ibiza après plusieurs heures de navigation.
La présence d’un animal aussi jeune dans une traversée de ce type a retenu l’attention des services de contrôle, ces passages s’effectuant le plus souvent dans des conditions précaires sur des bateaux surchargés et faiblement équipés. Dans ce contexte, l’arrivée d’une chienne caniche aux côtés de passagers humains reste peu fréquente sur les routes migratoires de la Méditerranée occidentale.
À son arrivée, la chienne a été confiée aux installations de la fondation Natura Park, où elle demeure en quarantaine. En l’absence de carnet de vaccination, la Direction générale de la santé environnementale du gouvernement des Baléares a estimé, selon le journal, ne pas pouvoir exclure un risque de rage, maladie virale transmissible par morsure et considérée comme mortelle une fois les symptômes déclarés. L’Algérie figure parmi les pays où la rage reste présente, ce qui a conduit l’administration régionale à recommander une euthanasie préventive.
La décision a suscité des réserves de la part de la mairie de Santa Eulalia, sur le territoire de laquelle se trouve le centre d’accueil. D’après le site, la commune a déposé des observations demandant l’application d’un protocole fondé sur une quarantaine prolongée, une vaccination et un suivi vétérinaire renforcé.
Les services municipaux estiment que la chienne ne présente aucun signe clinique compatible avec la rage et qu’un contrôle strict permettrait d’assurer la sécurité sanitaire sans recourir immédiatement au sacrifice de l’animal.
Des fragments de vie domestique en “bouti”
Le dossier a donné lieu à des échanges entre niveaux municipal, régional et étatique. Le gouvernement central rappelle, toujours selon la presse locale, que la prise en charge des animaux abandonnés et les mesures d’isolement relèvent des communes, tandis que l’exécutif baléare invoque le principe de précaution face à une maladie dont la période d’incubation peut être longue et difficile à détecter dans ses premières phases.
L’affaire intervient dans un contexte marqué par l’intensification des traversées clandestines entre l’Algérie et l’Espagne, notamment vers les Baléares. Selon l’ONG Caminando Fronteras, plus de mille personnes sont mortes ou portées disparues en 2025 sur la route maritime reliant les côtes algériennes à l’Espagne et aux Baléares, faisant de cet axe l’un des plus dangereux de la Méditerranée occidentale.
Toujours selon ces sources,près de neuf mille cinq cents Algériens auraient rejoint l’Espagne par la mer sur la même période. Les traversées sont effectuées sur de petites embarcations rapides ou de fortune, exposées aux pannes, aux dérives prolongées et aux conditions météorologiques changeantes.
Les passagers versent généralement plusieurs milliers d’euros aux réseaux de passage pour tenter la traversée.
Dans ce cadre, la présence d’une caniche parmi les passagers rappelle que ces routes migratoires transportent parfois autre chose que des candidats au départ, mais aussi des fragments de vie domestique que certaines familles refusent d’abandonner malgré les risques. Pour l’heure, la chienne reste confinée sous contrôle vétérinaire à Ibiza, tandis que les autorités poursuivent l’examen de son sort sanitaire et administratif.
















