Internet : la colère des abonnés d’Algérie Telecom face à un réseau à bout de souffle

Internet : la colère des abonnés d’Algérie Telecom face à un réseau à bout de souffle

Depuis plusieurs mois, les plaintes des clients d’Algérie Telecom se multiplient sur les réseaux sociaux. Des milliers d’abonnés d’Algérie Télécom, unique opérateur de l’ADSL et de la fibre optique du pays, dénoncent une chute vertigineuse de leur débit internet et des coupures, souvent inexpliquées. Sur Reddit, Facebook, YouTube, TikTok et Instagram, les témoignages s’accumulent, illustrant un malaise grandissant face à un service qui ne répond plus aux promesses commerciales.

« Cela fait 4 mois de problèmes de PING, Packet loss et de coupures random de 18 heures à minuit sans aucun communiqué d’Algérie Telecom. C’est abusé ! », alerte « Hicham Chawling, ce mois de janvier 2026, sur son compte TikTok. Un autre abonné, spécialiste du gaming, au forfait 1,5 Gbps avoue sa frustration : « Votre service est médiocre. L’internet de soupe, je n’arrive pas à ouvrir mes jeux, je n’arrive pas à travailler. J’obtiens typiquement 130 Mbps. Un troisième s’insurge également en témoignant que sa « connexion est fréquemment instable. Pour le gaming, c’est un jeu de hasard : mon ping passe de 30 à 70 ms sans raison. C’est incroyablement frustrant et ça ressemble à une arnaque ».

Une croissance explosive qui met l’infrastructure à genoux

Les chiffres officiels d’Algérie Telecom révèlent une progression fulgurante du nombre d’abonnés à la fibre optique (FTTH). L’opérateur historique comptait 2,5 millions d’abonnés en septembre 2025, 2,6 millions en octobre 2025, pour atteindre 2,9 millions en décembre. Cette croissance mensuelle, bien que témoignant du succès commercial de l’entreprise publique, se heurte à une réalité technique implacable : l’infrastructure nationale peine à absorber cette demande exponentielle.​

Le monopole d’Algérie Télécom sur le réseau fixe aggrave structurellement la situation. Aucun autre opérateur ne peut venir soulager la pression sur les infrastructures ni offrir d’alternative aux consommateurs mécontents. Cette situation de rente, combinée à l’absence de concurrence, limite les investissements nécessaires à la modernisation rapide du réseau.

La 5G, nouveau facteur de congestion

Le déploiement commercial de la 5G fin 2025 dans huit wilayas pilotes a créé une charge supplémentaire considérable sur le backbone national. Les trois opérateurs mobiles (Mobilis, Ooredoo et Djezzy) doivent garantir, selon les termes du cahier des charges, des débits minimaux de 300 Mbps en mode NSA (Non-Standalone) et 500 Mbps en mode SA (Standalone), avec une latence maximale de 10 millisecondes.

Un spécialiste en télécommunication travaillant pour un opérateur de téléphonie mobile nous a expliqué que cette exigence technique impose que la 5G s’appuie massivement sur la fibre optique comme infrastructure dorsale. Résultat, le réseau fixe déjà sous tension doit désormais supporter simultanément les millions d’abonnés FTTH et les antennes 5G gourmandes en bande passante. Cette double sollicitation explique en partie les ralentissements constatés par les utilisateurs depuis le dernier trimestre 2025.

Bande passante internationale : des progrès insuffisants

L’Algérie a certes multiplié par plus de six sa capacité de bande passante internationale en cinq ans. Selon le ministère de la Poste et des Télécommunications, cette capacité est passée de 1,5 térabit par seconde (Tb/s) début 2020 à 2,8 Tb/s en 2021, puis 7,8 Tb/s en 2022, pour atteindre 9,8 Tb/s fin 2024. Le ministre Sid Ali Zerrouki a récemment évoqué une capacité actuelle de 10,2 Tb/s.​

Malgré ces investissements, cette progression reste largement insuffisante face à l’explosion simultanée des abonnements FTTH, du déploiement de la 5G et de l’augmentation des usages gourmands en données (streaming vidéo 4K, télétravail, e-learning, cloud gaming). Le déséquilibre entre l’offre et la demande continue de se creuser, particulièrement aux heures de pointe.

Il est à noter que l’Algérie s’appuie actuellement sur cinq câbles sous-marins en fibre optique pour sa connectivité internationale : TE North/TGN-Eurasia/SEACOM/Alexandros/Medex, SeaMeWe-4, Oran-Valencia (ORVAL), Med Cable Network et Alpal-2. Deux nouveaux câbles sont attendus en 2026 : Africa-1 (200-300 Gigabits par seconde) et surtout Medusa, dont le lancement officiel a été donné en octobre 2025 depuis le port d’Alger.​

Medusa, l’espoir d’un soulagement en 2027

Le système Medusa, d’une capacité de 20 Tb/s, représente un projet stratégique majeur pour consolider l’indépendance numérique de l’Algérie. Lancé en 2020, sa construction se poursuit entre 2023 et 2026. La section Ouest Méditerranée, qui inclut l’Algérie, devrait entrer en service fin 2026, tandis que l’ensemble du système sera pleinement opérationnel début 2027.

Cette infrastructure devrait théoriquement doubler la capacité internationale du pays et créer des opportunités de collaboration régionale. Toutefois, entre l’état actuel de saturation et la mise en service complète de Medusa, les abonnés algériens risquent de devoir patienter encore 12 à 18 mois avant de voir une amélioration significative de leur débit.

Fracture territoriale et infrastructures vétustes

Au-delà des problèmes de capacité, les infrastructures vétustes, particulièrement dans les zones rurales et sahariennes, limitent structurellement l’accès à un internet de qualité. Le déploiement de la fibre optique reste concentré dans les grandes villes, alors qu’AT continue à déployer son réseau progressivement à travers tout le territoire national.

Selon le classement Speedtest Global Index, l’Algérie affiche des performances parmi les plus faibles au monde, avec des vitesses moyennes de 51,8 Mbps pour l’internet fixe et 40 Mbps en 4G. Des chiffres, qui reflètent une réalité qui persiste : les investissements dans la modernisation du réseau ne suivent pas le rythme de croissance de la demande.

Face à cette situation, Algérie Télécom multiplie les opérations de communication – augmentations temporaires de débit, baisse de tarifs en décembre 2025 – mais sans résoudre le problème structurel de saturation. Pour les millions d’abonnés, dont beaucoup expriment leur frustration, l’attente risque d’être longue avant que le réseau algérien ne retrouve des performances à la hauteur des standards internationaux et des attentes des Algériens.

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