Avec 21 milliards de dollars investis et 1 500 entreprises installées, Ankara devance la Chine dans les secteurs productifs. L’agrément de la banque Ziraat Bankasi, publié mercredi au Journal officiel, consacre cette percée.
L’agrément de Ziraat Bankasi a été publié mercredi au Journal officiel, dans le numéro 7 du 4 février 2025. Première banque turque à s’installer en Algérie avec un capital de 20 milliards de dinars (150 millions de dollars), elle vient matérialiser trois années de progression ininterrompue : la Turquie s’est hissée au rang de premier partenaire industriel et financier hors hydrocarbures du pays, selon des estimations de l’ambassade d’Algérie en Turquie et des analyses économiques. Le volume total des investissements turcs atteint 21 milliards de dollars, portés par la sidérurgie, le textile et le BTP, a indiqué fin 2023 l’ambassadeur de Turquie en Algérie, Muhammet Mücahit Küçükyılmaz.
Alors que la Chine reste concentrée sur les grands projets d’infrastructure publique financés par l’État, les groupes turcs ont privilégié l’investissement industriel direct. Le secteur de la sidérurgie enregistre ainsi 2,5 milliards de dollars avec l’usine Tosyali de Bethioua, près d’Oran, devenue l’un des principaux exportateurs hors hydrocarbures du pays. Dans le textile, le complexe Tayal‑Taypa de Relizane affiche un investissement de 780 à 850 millions de dollars. Les entreprises turques ont créé environ 30 000 emplois directs, selon les dernières estimations officielles.
Le secteur bancaire complète le dispositif
Historiquement très présente dans les travaux publics, avec des groupes comme Yapı Merkezi, Limak ou Cengiz sur les autoroutes et les logements sociaux, la Turquie étend désormais son dispositif au secteur bancaire. Les services financiers turcs gagnent du terrain, au‑delà des seuls flux commerciaux de biens. Le renforcement observé l’an dernier s’explique avant tout par l’intensification des échanges bilatéraux, qui ont atteint 6,42 milliards de dollars en 2024, selon les chiffres communiqués par le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.
Le bilan commercial révèle toutefois des déséquilibres structurels. L’Algérie importe davantage de Turquie qu’elle n’exporte, les achats se maintenant aux niveaux de 2023. Cette stabilité tient essentiellement au dynamisme des exportations algériennes de produits pétroliers. Hors hydrocarbures, le déficit commercial avec la Turquie progresse. Le déficit manufacturier, qui s’était redressé ces dernières années, repart à la hausse sous l’effet de la montée des importations industrielles. Le secteur agroalimentaire a atteint son plus haut déficit depuis les années 2000, ont relevé les Douanes algériennes dans leur bilan 2024.
L’année dernière, l’Algérie a néanmoins réduit de près de 3 milliards de dollars son déficit avec l’Union européenne, son premier partenaire commercial. Ramené à environ 18 milliards, il se situe à son niveau le plus bas depuis 2019, selon les Douanes. Avec l’Asie en revanche, la situation reste délicate. Le déficit avec la Chine demeure élevé, reflétant une forte dépendance aux importations de biens manufacturés.
29 milliards d’exportations hors hydrocarbures visés en 2030
Pour le président Tebboune, la diversification industrielle constitue une priorité. Il a fixé en 2024 un objectif de 29 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures d’ici 2030, visant à réduire la dépendance au pétrole et au gaz. L’enjeu pour l’Algérie sera de transformer cette présence turque massive en vecteur de montée en compétences. Si les investissements turcs apportent des emplois et des capacités productives, la question du transfert technologique reste posée. Les autorités algériennes cherchent désormais à élargir la base des partenaires industriels tout en consolidant les acquis des coopérations existantes.
















