Investissements en IA en Afrique du Nord : un potentiel inégalement exploité

Investissements en IA en Afrique du Nord : un potentiel inégalement exploité

L’intelligence artificielle s’impose comme secteur stratégique en Afrique du Nord, révèle une récente étude sur les investissements 2023-2024. L’indice de potentiel d’investissement en IA 2025 de l’AFD ou le rapport Oxford Insights 2023 placent plusieurs pays nord-africains parmi les plus attractifs du continent, mais avec des réalités contrastées.

Des ambitions nationales à géométrie variable

En janvier dernier, l’Algérie a présenté une stratégie nationale de recherche et d’innovation sur l’intelligence artificielle (IA) 2020-2030, élaborée par 150 professeurs spécialistes algériens et dirigée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Privilégiant la souveraineté numérique, l’Algérie vise 7% de contribution de l’IA au PIB d’ici 2027. Le pays a créé un Conseil National de l’IA en 2023 et inauguré un centre de calcul haute performance à Oran en 2024. Algérie Télécom a lancé un fonds d’investissement de 11 millions USD pour les startups.

En Égypte, le géant démographique du continent mise massivement sur le numérique avec 4,2 milliards USD investis en 2022/2023 et une nouvelle Stratégie IA 2025-2030. Son projet phare est la « Knowledge City », un investissement de plus de 250 millions USD, qui englobe le programme de formation numérique « Our Future is Digital », qui prévoit de former 100 000 jeunes Égyptiens aux compétences numériques recherchées (y compris l’analyse de données et le développement IA)​

Au Maroc, le royaume a annoncé vouloir engager 1,1 milliard USD d’ici 2026 via son plan Maroc Digital 2030. Objectifs affichés : Les objectifs affichés sont ambitieux : augmenter le PIB de 10 %, attirer 720 millions USD d’investissements étrangers dans le numérique, faire émerger 3 000 start-ups technologiques à l’horizon 2026, former 45 000 personnes par an aux compétences numériques, et créer 240 000 emplois dans l’économie numérique au sens large​. Le pays abrite l’Institut National de Recherche en IA, le centre UNESCO « AI Movement » et l’African Supercomputing Center.

En Tunisie, malgré des moyens financiers limités, le pays se distingue par son écosystème de startups dynamique. Le rachat d’InstaDeep par BioNTech pour 682 millions USD en 2023 a propulsé la Tunisie dans le Top 10 africain de l’IA. Une Stratégie Nationale est attendue pour 2025.

Pour ce qui est de la Libye et de la Mauritanie, le paysage est encore embryonnaires. Leurs écosystèmes IA tentent d’émerger malgré d’importants défis structurels. La Libye a créé un Comité de l’IA en 2023, mais aucun budget chiffré n’est consacré spécifiquement à l’IA dans les finances publiques libyennes. tandis que la Mauritanie mise sur la coopération internationale, notamment un partenariat avec l’émirati G42.

Un secteur privé en développement inégal

Selon les donnée de la plateforme Statista, les startups égyptiennes et tunisiennes dominent le marché régional des levées de fonds. En Égypte, 300 à 600 millions USD ont été mobilisés en 2023, avec la fintech MNT-Halan en tête (400 millions USD). Le pays attire également des centres technologiques de multinationales comme Microsoft, IBM et Google. En Tunisie, les startups misent sur les levées de fonds sur le marché africain, qui ont atteint de 24 M$ en 2024.

Au Maroc, l’initiative « Current AI » (400 millions USD d’investissement initial) illustre le potentiel du royaume, tandis qu’en Algérie, l’écosystème entrepreneurial reste naissant.

L’indice AFD place le Maroc (63,34), la Tunisie (63,20) et l’Égypte (62,31) en tête du potentiel régional en IA, suivis par l’Algérie (55,37).

Cette disparité des moyens et potentiels est visible même au sein du continent africain. Le classement établi par Oxford Insights 2023 révèle une hiérarchie claire parmi les pays africains en matière de préparation à l’adoption de l’IA.

Ce classement, intitulé « Government AI Readiness Index 2023 », a concerné 193 pays du monde. Il s’est basé sur 39 indicateurs répartis sur trois grands piliers, à savoir « Gouvernement, », « secteur technologique », « Données et infrastructures » et « Secteur privé », montre que l’île Maurice, l’Égypte, et l’Afrique du Sud ont investi dans des politiques gouvernementales progressistes, favorisant ainsi l’essor des startups et des entreprises axées sur l’IA.

Malgré ces avancées, principalement structurelles, des obstacles subsistent, à l’instar des infrastructures insuffisantes, du financement privé limité et des cadres réglementaires incomplets. L’enjeu majeur reste la création d’un écosystème inclusif profitant à l’ensemble de la région.

Les prochaines années seront déterminantes pour transformer ce potentiel en développement économique concret, alors que la compétition mondiale s’intensifie dans le secteur stratégique de l’IA.

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