L’Union Européenne réaffirme sa politique migratoire en Libye malgré les critiques

L’Union Européenne réaffirme sa politique migratoire en Libye malgré les critiques

Les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne ont réaffirmé jeudi la stratégie des Vingt-Sept visant à réduire les flux migratoires en fixant les migrants en Libye malgré les critiques soulevées par cette politique.

 

D’après des données de l’Onu, le nombre de personnes ayant traversé la Méditerranée vers l’Europe a très fortement diminué cet été, passant de près de 28.000 en juin à moins de 10.000 en août, rapporte l’UE.

C’est notamment le cas dans le centre de la Méditerranée, entre la Libye et l’Italie, principale route migratoire en Méditerranée depuis l’accord de mars 2016 entre les Européens et la Turquie. Révélées le mois dernier à Reuters par plusieurs sources, les opérations d’une milice armée contre les réseaux de passeurs à Sabratha, à l’ouest de Tripoli, devenue le principal point de départ des traversées vers l’Italie, expliquent en partie ce recul.

Pays de « première arrivée » sur le sol européen, l’Italie et son ministre de l’Intérieur, Marco Minniti, ont pris la tête des initiatives européennes pour réduire les départs depuis la Libye, finançant, équipant et formant les garde-côtes libyens et passant des accords avec des groupes locaux.

Rome a également fait signer un code de conduite aux ONG qui participaient aux secours en Méditerranée, les accusant d’encourager l’immigration illégale. Plusieurs organisations, dont Médecins sans Frontières (MSF), Save the Children ou Sea Eye, ont suspendu cet été leurs opérations en mer.

L’ONG maltaise MOAS (Migrant Offshore Aid Station) a à son tour annoncé au début du mois qu’elle suspendait ses missions en Méditerranée-centrale, ne voulant pas se risquer à ramener des migrants sur les côtes libyennes, où ils sont retenus pendant des mois, parfois des années, dans des entrepôts avec peu de nourriture, sans soins et sans savoir quand ils seront libérés.

 

Silence

 

Des organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé le soutien de l’UE au gouvernement d’union nationale (GNA) du Premier ministre libyen Fayez Seraj ou à des milices alliées à Tripoli qui gèrent des centres de rétention de migrants.

Zeid Ra’ad al Hussein, le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a ainsi estimé la semaine dernière que la stratégie de l’UE était « très légère pour ce qui est de la protection des droits des migrants en Libye et sur les bateaux, et silencieuse pour ce qui est de la nécessité urgente de trouver des alternatives aux détentions arbitraires de personnes vulnérables ».

Dans un entretien que publie jeudi Le Monde, Joanne Liu, présidente de Médecins sans Frontières (MSF) international, de retour de mission en Libye, observe que « des représentants européens se félicitent aujourd’hui de la baisse du nombre de départs de la Libye vers l’Europe, mais ils doivent regarder en face le prix à payer pour cela: cela veut dire renvoyer des êtres humains vivre dans des conditions sous-humaines, et les laisser soumis à la torture, au viol, à l’extorsion ».

 

Stratégie complexe

 

Pour répondre à ces critiques, le bloc européen a accru sa participation aux budgets de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et de l’agence de l’Onu pour les réfugiés (HCR), les deux principales instances onusiennes opérant en faveur des réfugiés.

Ce financement accru vise à les aider à améliorer les conditions de séjour des migrants en Libye. Mais l’objectif principal (les maintenir dans ce pays d’Afrique du Nord) n’a pas varié. « Si nous comparons les flux migratoires à travers la Méditerranée d’il y a quelques mois et d’aujourd’hui, le recul de l’immigration clandestine a été important. Nous allons discuter des moyens de poursuivre cette belle réussite », a déclaré le ministre estonien de l’Intérieur, Andres Anvelt, à son arrivée à Bruxelles. Son homologue allemand Thomas de Maizière s’est dit « heureux » de la baisse des traversées de la Méditerranée au cours des deux derniers mois.

« Ces développements doivent être poursuivis. Nous devons vraiment travailler pour faire en sorte que de nombreuses personnes renoncent à ce périple à travers le désert de Libye. Notre politique de voisinage avec l’Afrique est très importante pour un recul durable du nombre de migrants arrivant en Italie », a-t-il ajouté.

L’UE a démenti qu’une partie des fonds versés à la Libye atterrissent dans les proches de la milice de Sabratha. Mais un diplomate européen de haut rang reconnaît que la stratégie des Vingt-Sept est complexe.

« Il est difficile de savoir exactement ce qui se passe en Libye. Nous avons graduellement confié le travail à l’Italie, nous leur donnons de l’argent. Il n’y aura jamais aucune preuve que de l’argent européen est allé directement à des groupes armés », dit-il. « Certaines de ces méthodes peuvent sembler discutables. Mais il s’agit aussi d’éviter des morts en mer et de tenir compte de la stabilité politique en Italie. Ne soyons pas trop critiques. » 

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