La France risque-t-elle son avenir économique en Algérie pour le Sahara occidental ?

La récente prise de position de la France en faveur du Maroc sur la question du Sahara occidental pourrait avoir des répercussions économiques majeures sur ses relations avec l’Algérie. C’est ce qui ressort en filigrane de la conférence de presse tenue mercredi par le ministre algérien des Affaires étrangères, Mohamed Attaf.

Sans mentionner explicitement de sanctions économiques, le ton du ministre laisse présager de possibles turbulences dans les relations commerciales franco-algériennes. Attaf a qualifié la décision française de « marché qui n’est ni légal, ni politique, ni moral », conclu avec le Maroc « au détriment d’une troisième [partie], lésée et sans défense : le peuple sahraoui ».

Cette rhétorique forte intervient dans un contexte où les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie sont en pleine croissance. En 2022, ces échanges ont atteint 11,2 milliards d’euros, et en 2023, ils ont encore progressé pour atteindre 11,8 milliards d’euros, soit une hausse de 5,3% par rapport à l’année précédente. Cette croissance est principalement due à une augmentation des importations françaises de biens algériens, notamment des hydrocarbures.

Par ailleurs, de nombreuses entreprises françaises sont solidement implantées en Algérie, particulièrement dans les secteurs stratégiques de l’énergie, de l’automobile et de l’agroalimentaire.

Les intérêts économiques français en Algérie menacés ?

Le ministre Attaf a souligné que la France, en se rangeant « entièrement du côté du Maroc », se privait « de toute possibilité de contribuer aux efforts diplomatiques visant à résoudre cette question ». Cette perte d’influence diplomatique pourrait-elle se traduire par une érosion de la présence économique française en Algérie ?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’Algérie cherche activement à diversifier ses partenariats économiques, notamment avec la Chine et la Russie. La décision française pourrait accélérer ce processus, ouvrant potentiellement la voie à une redistribution des cartes économiques dans la région.

Néanmoins, le ministre Attaf a rappelé que la décision française ne changerait pas « la dimension juridique, politique et morale de la question sahraouie ». Cette déclaration suggère que l’Algérie pourrait conserver une certaine flexibilité dans sa réponse, évitant peut-être des mesures économiques trop drastiques qui pourraient nuire à ses propres intérêts, étant donné l’interdépendance croissante entre les deux économies.

En conclusion, bien que le ministre algérien n’ait pas explicitement menacé les intérêts économiques français, son discours laisse présager de possibles perturbations dans des relations économiques bilatérales pourtant florissantes.

De son côté, la France semble avoir pris un risque calculé en soutenant la position marocaine, pariant peut-être sur l’importance et la croissance de ses échanges commerciaux avec l’Algérie pour limiter d’éventuelles représailles économiques. Mais dans un contexte géopolitique en mutation, où l’Algérie affirme de plus en plus son indépendance économique, ce pari pourrait s’avérer coûteux.

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