Le mot “pétrole” est revenu vingt fois dans la conférence de presse de Donald Trump annonçant au monde, au mépris total du droit international, sa prise de “contrôle” du Venezuela.
L’avantage avec Trump, c’est que les choses sont dites crument : il ne s’embarrasse pas de termes vidés de substance comme “démocratie”, “stabilité” ou “droits humains”. Deux idées transparaissent clairement : nous sommes les plus forts du monde, et le pétrole du Venezuela nous appartient. Les deux vont de pair. L’or noir vénézuélien apparaît ouvertement comme une raison majeure du kidnapping du couple Maduro et du blocus imposé au Venezuela.
Dans le même mouvement, Trump achève de détruire, en ce début d’année 2026, les derniers lambeaux du droit international et annonce publiquement, sans fausse pudeur, un hold-up sur l’or noir du Venezuela. Rappelons que ce pays dispose des plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde : 303 milliards de barils, selon les chiffres de l’OPEP en 2024.
Ce coup de force intervient alors que Donald Trump est contesté sur le plan intérieur : inflation persistante, doutes croissants dans son propre camp et succès électoraux récents des démocrates, dont la victoire symbolique du maire de New York. À mesure que son assise domestique se fragilise, le président mise sur la démonstration de force internationale pour reprendre l’initiative politique.
À la veille des élections de mi-mandat, le pétrole vénézuélien devient ainsi un outil de diversion et de mobilisation. En mettant en scène la conquête des ressources et la logique du rapport de force, Trump cherche à rallumer, par le hold-up sur le Venezuela, un réflexe de puissance à usage intérieur. Le pétrole n’est pas seulement un enjeu stratégique : il sert aussi de paravent à un pouvoir sous tension.
Contrôle exclusif
“Ce qui est à toi m’appartient.” C’est le message sans équivoque que le président étasunien envoie : “Nous allons diriger le pays”, a-t-il déclaré, annonçant que les “très grandes compagnies pétrolières américaines” vont investir des milliards de dollars pour réparer les infrastructures et recommencer à générer des revenus à partir du pétrole vénézuélien.
Trump invoque même un droit historique sur le pétrole du Venezuela. L’industrie pétrolière dans ce pays, affirme-t-il, “a été construite grâce au savoir-faire américain. Le régime socialiste l’a volée.” En somme, Trump dit ne faire que “récupérer” les droits spoliés des entreprises américaines par Hugo Chávez.
Même si l’on ne voit pas encore comment il compte “gérer” le Venezuela avant de préparer les futurs dirigeants, nécessairement plus accommodants, Trump s’en donne les moyens en maintenant l’embargo pétrolier sur le pays. Un encerclement physique qui marque clairement que l’arrivée — le “retour”, selon le discours de Trump — des compagnies américaines se fera sous le sceau d’un contrôle exclusif des ressources.
À l’objection selon laquelle Russes et Chinois ont des intérêts énergétiques majeurs au Venezuela, Donald Trump a apporté une réponse… très Trump : “Nous allons leur vendre le pétrole.”
L’histoire n’est cependant pas écrite
Trump fera-t-il sortir le Venezuela de l’OPEP ? La question n’est pas encore posée. L’organisation est restée silencieuse, tandis que la Russie et la Chine, partenaires énergétiques historiques de Caracas, ont dénoncé le coup de force de Trump et sa volonté de confisquer les ressources du pays. Mais on peut deviner qu’une prise de contrôle effective du pétrole vénézuélien par Washington et sa relance éventuelle va casser les équilibres internes de l’OPEP.
Au-delà des discours fallacieux sur la démocratie ou la lutte contre le narcotrafic, une constante demeure : le pétrole est au centre de toutes les annonces de Trump. Cette séquence marque le retour assumé de la conquête des ressources comme instrument de puissance.
Malgré la disproportion des forces, rien ne dit que la séquence suivante décrite par Trump sera celle qui prévaudra. La vice-présidente, Delcy Rodríguez, désignée par la Cour suprême du Venezuela pour assurer l’intérim du pouvoir, n’est pas un simple jouet. Fille du guérillero Jorge Antonio Rodríguez, fondateur du parti révolutionnaire Liga Socialista dans les années 1970, elle a répondu aux assertions de Trump sur sa prétendue disponibilité à coopérer en affirmant que Maduro est l’“unique président du Venezuela” et que le Venezuela “ne sera la colonie de personne”.
L’histoire n’est pas écrite. Au Venezuela, l’avenir politique reste incertain, mais la bataille décisive se joue déjà — dans les champs pétrolifères, en attendant de voir la Chine assumer son rôle de puissance pour rééquilibrer un monde qui retombe, de facto, dans les logiques coloniales du passé.