«La politique énergétique algérienne est dictée par les majors internationaux» – Khelif Amor sur Radio M (Audio)

«La politique énergétique algérienne est dictée par les majors internationaux» – Khelif Amor sur Radio M (Audio)
Amor Khelif, economiste, invité de Radio M ce mardi (Ph. M. Touati)

Khelif Amor, professeur d’économie à l’université Alger III et professeur associé à l’école des Mines de l’université de Nice-Sophia Antipollis, considère que l’Algérie, par le biais de Sonatrach, a perdu une grande partie du contrôle sur ses ressources énergétiques, au profit des majors internationales, depuis la grande nationalisation de 1971.

Selon cet ancien cadre de Sonatrach et spécialiste en énergie, «les compagnies pétrolières étrangères sont les acteurs qui animent la politique énergétique nationale.» Pour lui, les orientations des différentes législations sur les hydrocarbures de ces 20 dernières années, a été largement inspirée par ces compagnies, dont la présence a été renforcée sous l’ère de l’ex-ministre de l’Energie Chakib Khelil. « Le poids de ces compagnies est tel, qu’elles assurent aujourd’hui, 55% de la production physique d’hydrocarbures alors que pour le gaz naturel, Sonatrach ne produit que 25%, » a-t-il déclaré, ce mardi, dans l’émission « L’invité du direct » de Radio M, la web radio de Maghreb Emergent. « La part de Sonatrach en tant qu’opérateur public du domaine minier national et en tant que bras technique de l’Etat est en train de se réduire de manière très substantielle, » a-t-il regretté.
Pour lui, les amendements fiscaux opérés sur la loi sur les hydrocarbures de 2005 n’ont rien changé dans son orientation : « Nous sommes toujours dans la même logique de la loi de Chakib Khelil, » a-t-il dit.
Sonatrach, poussée vers l’extérieur
Amor Khelif poursuit son analyse en précisant que sous l’impulsion de Chakib Khelil, la compagnie nationale Sonatrach a été contrainte à internationaliser ses activités en prenant des participations financières dans des projets à l’étranger et en s’occupant de la vente de gaz au Portugal, en Espagne et en Italie. « «La mission de Sonatrach, lors de sa création, était d’élargir le domaine minier national et concurrencer les compagnies pétrolières qui étaient déjà présentes en Algérie, » a-t-il dit. Une stratégie que l’économiste Amor Khelif juge paradoxale à la situation du domaine minier national, dont 10 pour cent seulement du territoire a été exploré.
Pour lui, les grands majors pétroliers internationaux exercent un forcing sur les états producteurs d’hydrocarbures « pour faire éclater les frontières de la nationalisation » et « récupérer la propriété du pétrole conventionnel car c’est là où ils dégagent le plus de marges bénéficiaires ».
Pertes de capacités
En plus de la perte de ses parts dans la production physique d’hydrocarbures au profit des compagnies étrangères, Sonatrach doit également faire face à « une perte de ses capacités de négociation et de ses capacités industrielles, » avec le départ de ses cadres parmi les plus compétents vers des opérateurs étrangers qui offrent des packages salariaux beaucoup plus stimulants. « A Hassi Messaoud, il suffit à un ingénieur de traverser la rue pour augmenter son salaire par trois,» a-t-il expliqué.
Mais les disparités salariales entre la compagnie nationale et ses concurrentes étrangères activant en Algérie n’expliquent pas, à elle seule, cette déperdition de l’expertise au sein de Sonatrach, ajoute Amor Khelif. « Il y a aussi des mises à la retraite de cadres compétents qui ont été opérées sans que ces compétences n’aient été transmises, » a-t-il dit.

 

 

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