L’Algérie mise sur l’intégration industrielle : 50% minimum, 100% souhaité

L’Algérie mise sur l’intégration industrielle : 50% minimum, 100% souhaité
L'électroménager algérien couvre déjà 83% du marché local et emploie plus de 20 000 personnes pour un chiffre d'affaires de 100 milliards de dinars.

L’industrie nationale, qui représentait 4% du PIB en 2019, montre des signes de progression mais reste loin des 13-14% visés par les autorités. Face à ce défi, le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé hier lors de l’inauguration de la 56e Foire internationale d’Alger un seuil plancher de 50% d’intégration nationale pour l’électronique et l’électroménager, avec un objectif idéal de 100%.

Cette directive présidentielle tombe alors que l’électroménager couvre déjà 83% du marché local et emploie plus de 20 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 100 milliards de dinars. Des résultats encourageants qui masquent toutefois une réalité contrastée : si les climatiseurs atteignent effectivement 100% d’intégration, nombreux sont les produits qui peinent à franchir le seuil des 50%.

Le secteur privé domine largement avec 87% des entreprises contre 13% pour le public. Cette prédominance entrepreneuriale se traduit par une dynamique d’investissement notable : 13 000 projets industriels enregistrés depuis novembre 2022 pour 5 776 milliards de dinars, censés créer 316 000 emplois. Des chiffres impressionnants qui contrastent avec la modestie des performances à l’export.

Cette stratégie volontariste bute cependant sur des contraintes économiques réelles. Condor, entreprise souvent citée en exemple, n’a exporté que 7 000 unités d’électroménager vers trois pays – Tunisie, Jordanie et Yémen. Un volume dérisoire face à son objectif de 50 millions de dollars d’exportations pour 2024. Cette faiblesse commerciale internationale questionne la compétitivité réelle des produits algériens une fois confrontés à la concurrence mondiale.

L’objectif de 100% d’intégration soulève par ailleurs des interrogations économiques fondamentales. Atteindre une autosuffisance complète nécessite une maîtrise technologique, des chaînes d’approvisionnement sophistiquées et des investissements massifs en recherche-développement. L’Algérie dispose-t-elle de ces atouts ? Les données disponibles suggèrent que non.

Les limites d’une stratégie protectionniste

L’objectif officiel de 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures reste ambitieux. Bien que ces exportations aient triplé entre 2017 et 2023 selon la Banque mondiale, l’économie algérienne demeure structurellement dépendante des revenus pétroliers. L’excédent commercial de 8 milliards d’euros avec l’Italie en 2024 provient essentiellement des hydrocarbures.

L’approche de substitution aux importations prônée par Tebboune présente l’avantage de créer un marché captif. Elle comporte néanmoins le risque de protéger des producteurs peu compétitifs, retardant leur montée en gamme. L’appel présidentiel au travail en continu traduit une logique quantitative qui ne résout pas les questions de productivité et d’innovation.

L’expérience internationale enseigne que les politiques d’intégration forcée produisent des résultats mitigés. La Corée du Sud et Taïwan ont réussi leur industrialisation en combinant protection temporaire et exposition progressive à la concurrence. L’Algérie, avec ses partenariats stratégiques – notamment l’usine Condor-Hisense qui produira 2 millions de climatiseurs dont 80% à l’export – semble s’engager sur cette voie.

Enfin, la question du financement reste centrale. Les 5 776 milliards de dinars d’investissements annoncés représentent une somme considérable dans une économie aux ressources budgétaires contraintes par un déficit qui devrait atteindre 12% du PIB en 2025 selon la Banque africaine de développement.

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