À peine réveillée après la nuit cauchemardesque de la finale de la CAN 2026, la Confédération africaine de football (CAF) doit affronter une autre angoisse. L’instance panafricaine est contrainte, dans l’urgence, de recueillir les dossiers de candidature pour l’organisation de la CAN 2028. Date butoir le 10 février 2026.
Cette édition “charnière”, anticipe d’une année le passage au rythme quadriennal entre deux Coupes du monde, décidé, à la surprise générale, le 20 décembre dernier par l’exécutif de la CAF. Problème, les candidats ne se bousculent pas. L’Egypte se tâte, les pays de l’Afrique australe réfléchissent. La CAF, acculée, a même envisagé de rempiler avec le Maroc. Une option de facilité qui s’est considérablement assombrie ces dernières heures : entre des conditions financières d’organisation jugées contraignantes imposées par Rabat pour 2028, et le climat délétère né de la finale perdue par le pays hôte, entachée de scandales d’arbitrage, le “Plan Maroc” s’éloigne.
Dans ce quasi vide sidéral, une question brûle les lèvres : pourquoi l’Algérie ne dépose-t-elle pas sa candidature ?
L’Algérie a tout pour organiser
Sur le papier, le dossier algérien n’a pas d’équivalent immédiat. Loin des montages complexes de co-organisation souvent redoutés – comme ce sera le cas pour le trio Kenya-Ouganda-Tanzanie en 2027 – l’Algérie offre la garantie d’une organisation “clé en main” par un seul pays.
Avec sept stades déjà homologués aux normes CAF et d’autres en voie de réalisation (Béchar, Constantine), ou de de rénovation (Tchaker. Sidi Bel Abbés), le pays dispose d’un parc infrastructurel de niveau mondial.
L’argument n’est pas seulement technique, il est factuel. La réussite reconnue du CHAN 2023- championnats des footballeurs locaux- a prouvé la capacité du pays à gérer la logistique, la sécurité et l’effervescence populaire d’un tournoi continental. Pourtant, depuis son unique « sacre » organisationnel en 1990, l’Algérie brille par son absence des tablettes de la CAF, laissant planer le sentiment d’un immense gâchis.
Une bouderie politique tenace
Ce refus de candidater ne relève plus du sport, mais d’une posture politique désormais familière. Échaudée par l’échec traumatisant de 2017 face au Gabon, puis par le retrait préventif du dossier 2025, pour éviter la déroute d’un vote humiliant face à la candidature du rival du Maroc, Alger a choisi la stratégie du boycott.
Le parallèle avec l’épisode des BRICS est frappant. Après le camouflet de sa non-admission en 2023, vécu comme une humiliation nationale, l’Algérie a fermé la porte, refusant à jamais de revenir toquer, en dépit du réalisme économique. En football comme en géopolitique, le résultat est équivoque : l’Algérie a les moyens de ses ambitions, mais elle préfère bouder les institutions qui l’ont déçue. Une attitude de “tout ou rien” qui la prive d’opportunités évidentes.
Une fenêtre pour changer d’avis
La situation actuelle offre pourtant une occasion en or de sortir de cette impasse. Les autorités algériennes – et en premier lieu la présidence de la République – disposent de trois semaines pour faire preuve de flexibilité. La donne a changé : le nouvel agenda estival de la CAN est favorable, l’influence marocaine dans les arcanes de la CAF vacille sous le poids des suspicions, et l’Algérie dispose désormais d’une présence physique avec Walid Sadi au sein de l’exécutif de la CAF
Abdelmadjid Tebboune, impulseur d’une diplomatie africaine active, peut-il se permettre de snober une CAN qui lui tend littéralement les bras ? La peur d’un nouvel échec ou la volonté de maintenir des représailles contre une CAF, aujourd’hui en position de quasi demandeuse, ne seraient pas compréhensibles pour les partenaires africains.
Le président sud Africain de la CAF, Patrice Motsepe, soucieux de maintenir l’équilibre entre Alger et Rabat, pourrait rapidement apporter les garanties attendues pour une candidature algérienne pour 2028. Pour cela, le premier signal politique doit venir d’Alger.
















