L’arrivée de Lebbou annonce-t-elle une nouvelle séquence Loukal à la tête de la Banque d’Algérie ?

L’arrivée de Lebbou annonce-t-elle une nouvelle séquence Loukal à la tête de la Banque d’Algérie ?
Mohamed Lamine Lebbou, nouveau Gouverneur de la Banque d'Algérie.

La Banque d’Algérie connaît depuis le 23 février 2026, avec la nomination à sa tête de Mohamed Lamine Lebbou, son cinquième gouverneur en dix ans, sans compter les intérimaires. Au-delà de ce turnover sans précédent, totalement incompatible avec l’esprit et le texte qui régissent la fonction, c’est autre chose qui interpelle une lecture prospective.

En succédant à l’intérimaire Mouatassem Boudiaf, l’ancien patron de la BNA signe le retour d’un profil d’« opérationnel » à la Villa Joly. Ce choix de l’exécutif dessine un parallèle troublant avec l’année 2016 : à l’époque, Mohamed Loukal, alors PDG de la BEA, avait été appelé pour piloter l’institution dans une conjoncture de stress budgétaire aigu. Dix ans plus tard, alors que les déficits se creusent à nouveau, la question se pose : la nomination de Lebbou annonce-t-elle une nouvelle « séquence Loukal », marquée par un effacement des digues prudentielles au profit des besoins du Trésor ?

Le spectre du financement non conventionnel

L’analogie avec Mohamed Loukal ne repose pas seulement sur l’origine professionnelle, mais sur la mission implicite confiée aux banquiers de réseau. En 2017, c’est un Loukal pragmatique qui avait ouvert les vannes du financement non conventionnel (FNC) pour répondre à l’urgence de l’exécutif. Entre fin 2017 et fin 2018, la Banque d’Algérie avait ainsi injecté un montant vertigineux de plus de 6 500 milliards de dinars (environ 48 milliards de dollars à l’époque) dans les caisses de l’État.

Ce précédent rappelle qu’un banquier issu des banques commerciales, habitué à la culture du résultat et à la verticalité du pouvoir, est en théorie structurellement plus enclin à « accommoder » les besoins de refinancement du Trésor et la soif de liquidités des banques publiques qu’un puriste de la doctrine monétaire comme pouvait l’être Mohamed Laksaci, resté quinze ans à la tête de la BA. Face à un déficit budgétaire qui exige une mobilisation massive de ressources, Lebbou pourrait être tenté par cette même plasticité réglementaire.

Une soumission institutionnelle déjà ancrée

Il convient toutefois de nuancer cette hypothèse de rupture. Si le profil de Lebbou détonne quelque peu pour une fonction de banquier central, il s’inscrit dans une trajectoire de subordination de la Banque centrale qui ne date pas d’hier. Le limogeage de Salah Eddine Taleb, malgré un profil plus convenu de banquier central de carrière, a rappelé que la technicité n’est pas un bouclier contre les injonctions de la Présidence. En réalité, sous les mandats successifs de Rostom Fadli et de Taleb, la Banque d’Algérie a déjà largement pratiqué une politique d’accommodement visant à financer les déficits publics. 

Les avances déplafonnées au profit du Trésor et les rachats systématiques d’actifs souverains sont devenus des outils de routine. Dans ce contexte, la nomination d’un opérationnel comme Lebbou pourrait n’être que la formalisation d’un état de fait : une Banque d’Algérie transformée en simple direction technique du ministère des Finances, où l’indépendance monétaire est sacrifiée sur l’autel de la paix sociale financée par la dépense publique.

Le pari du terrain contre le « conservatisme » de la Villa Joly

Au-delà de la gestion du déficit, l’arrivée de Mohamed Lamine Lebbou porte un autre espoir pour l’exécutif : celui du « choc de modernisation ». Réputé pour son activisme à la tête de la BNA, notamment sur les chantiers de la finance islamique et de la digitalisation, Lebbou est perçu comme un homme de terrain capable de bousculer l’inertie de la sphère monétaire.

Sa mission serait donc d’accélérer la bancarisation pour drainer l’immense masse monétaire de l’informel et de numériser à marche forcée des services financiers encore archaïques. Le gouvernement fait ici le pari qu’un banquier ayant géré des réseaux d’agences et des portefeuilles clients sera plus efficace que les « gardiens du temple » de l’administration centrale.

Mais l’histoire récente de la finance algérienne montre que sans réformes structurelles de l’environnement économique, même le plus dynamique des banquiers centraux finit par s’enliser dans les sables mouvants de l’attentisme bureaucratique conservateur.

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