Depuis la réélection de Donald Trump, une inquiétude sourde traverse la communauté algérienne installée aux États-Unis. Résidents permanents, candidats à la naturalisation ou étudiants : nombreux sont ceux qui vivent désormais dans l’attente, la peur et l’incertitude. Entre durcissement du discours politique, flou administratif et absence d’informations officielles claires, la diaspora algérienne se retrouve plongée dans un véritable calvaire, sans repères fiables pour anticiper l’avenir.
Green card : des Algériens pris au piège de la peur du retour
Karim, résident algérien aux États-Unis depuis 2023 après avoir été sélectionné à la loterie américaine, raconte un parcours loin de l’image idéalisée de l’eldorado.
« Cela fait trois ans que je suis dans ce pays. Après un travail acharné, ma femme et moi avons réussi à mettre de côté une somme d’argent, mais depuis mon arrivée, de nouvelles charges se sont ajoutées : il faut trouver un travail stable, apprendre la langue et s’adapter à un mode de vie totalement différent du nôtre », explique-t-il.
Titulaire d’une green card, Karim n’est jamais rentré en Algérie depuis son installation. La réélection de Trump a bouleversé ses projets.
« Pour obtenir la nationalité, il faut cinq ans de présence. Pour l’instant, je n’ai que la green card. J’ai enfin obtenu un billet d’avion pour cet été afin de rentrer en Algérie, mais d’après mes contacts, ceux qui n’ont que la green card craignent de rencontrer des problèmes à leur retour aux États-Unis », confie-t-il.
Plus inquiétant encore, la circulation à l’intérieur même du territoire américain est devenue source d’angoisse.
« On risque d’être inquiété lors de déplacements entre États. Aujourd’hui, je ne sais plus quoi faire. J’envisage sérieusement d’annuler mon billet », lâche-t-il, résigné.
Naturalisation bloquée : des dossiers qui n’avancent plus
Farida, Algérienne installée aux États-Unis depuis sept ans, partage la même inquiétude.
« Je n’ai jamais eu de problème auparavant. Mais depuis la réélection de Trump, la politique migratoire s’est transformée », affirme-t-elle.
En août dernier, elle a déposé son dossier de naturalisation. Depuis, silence total.
« Cela fait bientôt sept mois et je n’ai reçu aucune réponse. Avant, les démarches avançaient rapidement et, souvent, tout se faisait sur place. Aujourd’hui, c’est le flou total, et c’est vraiment inquiétant », souligne-t-elle.
Ce blocage administratif alimente un climat de méfiance et de stress permanent au sein de la diaspora, qui ne sait plus à quels délais se fier ni quelles règles sont réellement appliquées.
Étudiants algériens : le spectre de l’expulsion
La situation est encore plus délicate pour les étudiants algériens aux États-Unis. Youva, en fin de cursus universitaire, décrit une réalité brutale.
« Il y a plusieurs cas d’étudiants qui ont tenté un changement de statut sur place et qui ont été arrêtés puis renvoyés immédiatement », raconte-t-il.
Selon lui, les procédures sont devenues imprévisibles et parfois expéditives.
« On te propose un pays vers lequel tu peux être expulsé de force, notamment le Brésil. C’est une catastrophe pour nous », déplore-t-il.
À l’approche de l’obtention de son diplôme, l’angoisse grandit.
« Je ne sais pas quoi faire. Est-ce que je quitte volontairement le pays ou est-ce que je refais une année pour éviter l’expulsion ? C’est une situation extrêmement embarrassante », confie-t-il.
Une diaspora livrée aux rumeurs et à l’incertitude
Au-delà des cas individuels, c’est l’absence d’informations officielles claires qui accentue le malaise. Les Algériens aux États-Unis vivent aujourd’hui dans une zone grise, alimentée par des spéculations, des témoignages contradictoires et des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux.
« On n’a pas accès à une information fiable. Même les communiqués officiels sont rares ou peu détaillés », confie encore Karim. Résultat : chaque déplacement, chaque démarche administrative devient une source d’angoisse.
Pour beaucoup, le rêve américain s’est transformé en une attente interminable, marquée par la peur de perdre un statut durement acquis. En l’absence de clarifications officielles, le calvaire des Algériens aux États-Unis risque de se prolonger, laissant une communauté entière suspendue aux décisions d’une politique migratoire de plus en plus imprévisible.
















