La tension diplomatique entre Washington et Madrid s’est intensifiée ces dernières 24 heures. Donald Trump, irrité par le refus de Pedro Sánchez de soutenir l’intervention américaine contre l’Iran, a renouvelé sa menace de « couper totalement le commerce » avec l’Espagne. Le président américain reproche également à Madrid de ne pas porter ses dépenses militaires à 5 % du PIB au sein de l’OTAN, accusant le gouvernement espagnol de « profiter » de la protection américaine sans contribuer suffisamment.
Malgré ces attaques, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares affirme que l’Espagne « ne craint rien », rappelant que la politique commerciale relève de l’Union européenne. Madrid insiste sur le maintien de relations diplomatiques « normales » avec Washington, tout en réaffirmant son refus de participer à la guerre et sa volonté de privilégier une solution diplomatique.
Un chantage énergétique difficile à exercer
L’opposition espagnole et plusieurs médias conservateurs agitent le spectre d’une pression américaine sur le gaz, soulignant la part croissante du GNL américain dans l’approvisionnement national. Mais cette hypothèse néglige la robustesse du modèle énergétique espagnol.
Le gazoduc Medgaz, reliant directement l’Algérie à l’Espagne, constitue un pilier stratégique qui échappe aux aléas du transport maritime et aux pressions politiques extérieures. À cela s’ajoute le réseau de regazéification le plus dense d’Europe, qui permet à Madrid de remplacer rapidement toute cargaison manquante par des livraisons du Qatar, du Nigeria ou d’autres producteurs. Cette flexibilité réduit considérablement la capacité des États-Unis à utiliser le gaz comme levier coercitif.
Une bataille surtout politique
Si les déclarations de Donald Trump ont brièvement secoué l’Ibex 35, les valeurs énergétiques espagnoles ont résisté, signe que les marchés intègrent la solidité du système d’approvisionnement national. L’agitation autour d’un éventuel chantage énergétique semble ainsi relever davantage d’une bataille politique interne que d’un risque réel de pénurie.
Le Parti populaire et Vox exploitent les menaces américaines pour critiquer Pedro Sánchez, tandis que le gouvernement mise sur la résilience de son architecture énergétique et son rôle de carrefour méditerranéen pour rassurer les investisseurs. Dans ce bras de fer transatlantique, le gaz apparaît moins comme une arme opérationnelle que comme un instrument rhétorique.
















