Le politologue Riadh Sidaoui : L’Algérie aide le général Haftar dans l’intérêt de la stabilité en Libye

Le politologue Riadh Sidaoui : L’Algérie aide le général Haftar dans l’intérêt de la stabilité en Libye
Le chercheur tunisien Riadh Sidaoui.

Pour Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherche et d’analyses politiques et sociales (CARAPS, Genève), il est « compréhensible » que l’Algérie et l’Egypte aident le général Haftar : d’abord parce que le brasier libyen menace leur sécurité et ensuite parce qu’il ne représente pas sa personne mais le gouvernement issu des dernières législatives.

 

 

Maghreb Emergent : Le général libyen à la retraite Khalifa Haftar chef de ce qu’on appelle « l’armée nationale libyenne », a révélé vendredi que l’Algérie, entre autres pays, lui avait fourni des armes et des munitions dans sa bataille contre les groupes terroristes en Libye… Qu’en dites-vous ?

 

Riadh Sidaoui : Le soutien de l’Algérie et de l’Egypte au général Khalifa Haftar est compréhensible : il y va de la sécurité régionale et interne de ces deux pays. Il y a, en effet, deux groupes d’Etats qui interviennent dans la situation libyenne. Il y a, d’un côté, les Etats lointains, comme le Qatar et la Turquie, à travers l’appui aux islamistes, et les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite qui soutiennent le général Haftar. Il y a, de l’autre côté, les Etats du voisinage, comme l’Algérie et l’Egypte, et, dans une moindre mesure, la Tunisie qui, pour assurer leur sécurité interne, ont le droit d’intervenir dans le but de stabiliser la Libye.

La Libye, où pullulent les camps d’entraînement pour les djihadistes, est devenue un pays exportateur de terroristes vers la Syrie et l’Irak, et aussi un pays de trafic d’armes. Elle constitue un « non-Etat » menaçant la stabilité de l’ensemble de la région. A titre d’exemple, les armes utilisées en Tunisie pour l’assassinat des deux figures politiques Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi sont en prévenance de ce pays. Je le redis : l’Algérie, tout comme l’Egypte, ont tout le droit d’intervenir en Libye.

 

Comment expliquez-vous que l’Algérie, qui a refusé la destitution du colonel Kadhafi et dont la politique internationale depuis le début du « Printemps arabe » était à l’opposé de celle de l’Arabie Saoudite, puisse soutenir le même acteur libyen que ce pays, le général Haftar?

 

L’Algérie, qui a cruellement souffert du terrorisme durant les années 1990, a formellement refusé toute sorte d’intervention étrangère en Syrie et en Libye, tandis que l’Arabie Saoudite a soutenu les positions occidentales et a même appelé à une intervention contre Al Assad en 2013. L’Arabie Saoudite a soutenu directement ou indirectement le terrorisme en Algérie. Sauf que là, et pour des considérations régionales comme la mésentente avec le Qatar qui soutient, lui, les Frères musulmans, elle se voit poussée à soutenir celui qui s’oppose aux Frères musulmans dans la région.

Pour ce qui est de la politique libyenne de l’Algérie et de l’Egypte, il faut se rappeler qu’il y a aujourd’hui un « non-Etat » en Libye, et ces pays cherchant à le stabiliser, doivent soutenir une force quasi-étatique, structurée et hiérarchisée au moins jusqu’à la libération de Tripoli des milices de Fadjr Libya (l’Aube de la Libye), qui refusent de reconnaître les résultats des dernières législatives et la défaite des Frères musulmans.

 

Khalifa Haftar a demandé le soutien de la communauté internationale. L’Algérie peut-elle se retrouver côte-à-côte avec une coalition internationale sur le théâtre libyen ?

 

Pensez-vous réellement que le général Khalifa Haftar soit soutenu par les Etats-Unis et l’OTAN ? Moi, je ne le pense pas. Bien au contraire, je pense que les forces occidentales ont tout fait pour laisser la Libye se déchirer. C’est tout le contraire pour l’Algérie, qui multiplie les appels au dialogue.

L’Algérie, l’Egypte et la Tunisie sont préoccupées par le sort des civils libyens tout d’abord, et par leur sécurité nationale, ensuite. Je voudrais insister ici sur le fait que les pays voisins de la Libye appuient les forces militaires libyennes : ce qui reste de l’armée de Kadhafi, les tribus locales attachées à l’unité nationale et les unités du général Haftar, soutenues par le gouvernement et le Parlement élu démocratiquement de Tobrouk. Il est important de ne pas personnaliser l’armée nationale libyenne comme si elle appartenait à un seul homme qui aurait pris le pouvoir aux islamistes comme tendent à le présenter les médias qataris et certains médias occidentaux. L’armée libyenne est dirigée par Haftar, mais elle n’est pas l’armée de Haftar. 

 

Les déclarations de Khalifa Haftar sur le soutien de l’Algérie à ses troupes vont-elles compromettre le dialogue inclusif inter-libyen pour lequel plaident les autorités algériennes depuis quelques mois ?

 

Ecoutez, selon ces déclarations, l’Algérie soutient l’armée nationale libyenne par l’envoi d’armes et de munitions. Je pense que plus tard, l’Algérie procèdera à l’entraînement des éléments de cette armée, mais j’exclus toute possibilité d’intervention militaire de l’armée algérienne sur le sol libyen. Tout d’abord parce que la Constitution algérienne ne lui permet pas, ensuite parce que l’Algérie réitère à chaque occasion son opposition à toute atteinte à la souveraineté libyenne. Je pense que l’Algérie réunira toutes les parties désireuses de stabiliser la Libye et de préserver son unité territoriale. Attendons de voir ce qui arrivera dans les prochaines semaines.

 

Propos recueillis par Selma Kasmi

 

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