« Les Belles Nuits Étoilées » d’At Yani : la culture renaît en Kabylie

« Les Belles Nuits Étoilées » d’At Yani : la culture renaît en Kabylie

Pendant près de vingt ans, le festival Raconte-Arts a fait vibrer les villages kabyles au rythme des contes, des musiques, du théâtre et des fresques., ce festival itinérant a dessiné un pont entre l’art et le peuple, entre la montagne et l’imaginaire. Mais depuis quelques années, le silence s’est installé.

 Plus de festival, plus d’effervescence. La Kabylie s’est peu à peu vidée de ses artistes et de ses scènes ouvertes, faute de soutien, de visa, d’envie politique ou de souffle citoyen.

Pourtant, l’envie est toujours là. Dans les vallées, les artistes ne cessent de créer. Dans les villages, les mémoires vibrent encore des chansons d’Idir, des vers de Si Moh, des scènes improvisées au bord d’un sentier ou dans une ruelle.

Et c’est dans ce contexte qu’une initiative nouvelle voit le jour. Du 19 au 23 août 2025, la commune d’At Yani accueillera la première édition du festival culturel « Les Belles Nuits Étoilées », une rencontre avec les arts vivants, le conte, la poésie, le théâtre, les arts visuels et la musique.

Une renaissance au cœur du territoire

Organisé par l’APC d’Aït Yani en collaboration avec la Maison de la Culture Mouloud Mammeri, ce festival veut redonner la parole aux artistes, et surtout, la rendre au public. Il ne s’agit pas de faire revivre Raconte-Arts, mais de proposer une réponse locale à un vide culturel devenu pesant.

Le responsable de la communication du festival, résume ainsi l’ambition : « Le vide culturel est immense ces dernières années. On espère, avec ce festival, que l’artiste, qui est réduit au silence, puisse enfin retrouver sa voix. Même ses productions doivent désormais être faites « sur mesure ». Durant ces activités de fête, de joie et de partage, nous espérons offrir des tribunes aux artistes pour s’exprimer. Et le fait d’organiser cela dans nos villages donne un aspect unique à l’événement. »

Cinq nuits, cinq univers

Ce sont cinq nuits d’été, réparties dans cinq villages de la commune d’At Yani, qui accueilleront cette première édition : Agouni Ahmed ouvrira le bal avec la Nuit du Théâtre, où les troupes locales joueront à ciel ouvert. Taourirt El Hedjadj accueillera la Nuit de la Poésie, en trois langues : amazighe, arabe et français. Tandis qu’Aït Lahcène vibrera avec la Nuit musicale, entre chants traditionnels et créations contemporaines.

Aït Larbaâ prêtera sa place publique aux conteurs et conteuses, gardiens de la mémoire orale. Enfin, la Nuit du Papillon s’étendra de la stèle d’Idir à Taourirt Mimoun, avec des fresques murales, de la peinture, des performances de rue, des expositions photo.

Chaque nuit sera un souffle de liberté, une invitation à rêver collectivement, à retrouver cette flamme qui faisait battre le cœur des montagnes.

Une organisation citoyenne

Ce projet est porté à bout de bras par des bénévoles, des jeunes du village, des artistes engagés et quelques institutions encore sensibles à la culture de terrain. Sans moyens considérables, mais avec beaucoup d’ingéniosité et de conviction, ils tracent une nouvelle route, sans folklore, sans folklore touristique, mais avec un profond respect des racines et de l’avenir.

Le festival veut aussi offrir un espace d’échange et de création intergénérationnel. Loin d’un événement réservé aux seuls initiés, il s’adresse à toutes et tous : habitants, visiteurs, curieux, enfants, anciens. Chacun peut participer, proposer, raconter, montrer. Il s’agit de réinvestir les lieux de vie, de faire de l’espace public une scène et de la rue un théâtre.

Plus qu’un festival, un projet de territoire

Au-delà de la fête, c’est un message politique au sens noble que portent les organisateurs : celui de revendiquer la place de la culture dans la vie quotidienne, dans les politiques locales, dans l’économie de demain. Le festival souhaite aussi relancer une dynamique touristique autour de la culture. La Kabylie ne manque ni de beauté ni de talent. Elle manque de vision.

Nazime Triri, responsable de la communication au CCF de l’APC d’Ath Yani, nous déclare : « À partir des Belles Nuits Étoilées, on espère redynamiser la région à travers la culture. Il ne s’agit pas d’animer un seul village, mais bien d’impliquer plusieurs villages de la commune avec des activités variées. J’invite toutes celles et ceux qui aiment encore l’art à venir participer à cette première édition. Leur présence contribuera à faire de cet événement une vraie réussite. »

Une lumière dans la nuit

« Les Belles Nuits Étoilées », ce n’est pas seulement un festival. C’est un acte de résistance. C’est la preuve que les étoiles peuvent encore briller, même après le silence. Que la montagne peut encore chanter, même si les micros sont coupés. Que la Kabylie, malgré les blessures, sait toujours se relever par l’art, le partage et la mémoire.

Djaffar Ouigra

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