Les Bourses européennes ont connu une journée noire vendredi, plongeant brutalement suite à l’annonce de mesures de rétorsion chinoises en réponse aux droits de douane imposés par les États-Unis. Cette riposte marque une dangereuse escalade dans la guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales.
À la mi-journée de ce vendredi 4 avril, le tableau était particulièrement sombre sur les places financières du Vieux Continent : Francfort chutait de 5,61%, Paris cédait 4,66%, Londres reculait de 4,24%. Les autres marchés européens n’étaient pas épargnés, avec Zurich en baisse de 5,57%, Milan qui s’effondrait de 7,74% et Madrid qui perdait 6,29%.
L’onde de choc devrait également frapper Wall Street, où les contrats à terme des trois principaux indices laissaient présager une ouverture en forte baisse : le Nasdaq abandonnait 3,43%, le S&P 500 reculait de 3,11% et le Dow Jones perdait 2,98%.
Une escalade redoutée par les marchés
L’affrontement a pris une nouvelle dimension mercredi soir, lorsque Donald Trump a annoncé des droits de douane additionnels particulièrement sévères de 34% sur les produits chinois. Ces nouvelles taxes, ajoutées aux précédentes, porteront le taux total à 54% pour les importations chinoises.
En réponse, Pékin n’a pas tardé à contre-attaquer. Le ministère des Finances chinois a annoncé l’imposition de droits de douane supplémentaires de 34% sur les produits américains à partir du 10 avril, « en plus du taux des droits de douane actuellement applicables ». La Chine a également dévoilé des mesures de contrôle à l’exportation sur sept éléments de terres rares stratégiques, dont le gadolinium et l’yttrium, utilisés respectivement dans l’imagerie médicale et l’électronique grand public.
« Un tournant dans l’histoire du commerce mondial »
Pour John Plassard, spécialiste de l’investissement chez Mirabaud, « le 2 avril restera comme un tournant dans l’histoire du commerce mondial. Les annonces de Donald Trump ont déclenché une onde de choc : marchés en tension, inflation relancée, partenaires commerciaux sur la défensive ».
Cette incertitude grandissante quant à l’évolution future de la politique commerciale américaine pousse de nombreux investisseurs à tirer la sonnette d’alarme, « notamment dans les secteurs et entreprises fortement sensibles à la conjoncture », comme le souligne Andreas Lipkow, analyste indépendant.
Les secteurs de la construction et bancaire particulièrement touchés
La déroute a particulièrement affecté les entreprises de matériaux de construction. À Paris, ArcelorMittal s’effondrait de 10,66% et Saint-Gobain de près de 10%. À Londres, Glencore perdait 9,53%, tandis qu’à Francfort, l’industriel Thyssenkrupp dégringolait de 10,39%.
Le secteur bancaire n’était pas épargné. À Paris, Société Générale chutait de 12,26% et BNP Paribas de 8,40%. Deutsche Bank perdait 10,82% à Francfort, et Barclays 10,10% à Londres.
« Les banques étaient le segment de marché qui avait le mieux performé en Europe notamment depuis le début de l’année », a expliqué Vincent Juvyns de JPMorgan AM. « En vertu de cette gravité qui se rappelle aux marchés d’actions, naturellement, c’est ce qui a monté le plus qui baisse le plus dans ce mouvement de correction. »
Matières premières en chute libre
Les matières premières ont également souffert de cette escalade des tensions. Les cours du pétrole ont plongé, avec le baril de Brent de la mer du Nord en baisse de 6,78% à 65,38 dollars et le baril de West Texas Intermediate qui s’enfonçait de 7,29% à 62,07 dollars.
Sur le marché des métaux, le cuivre n’a pas été épargné. À la Bourse des métaux de Londres, la tonne chutait de près de 4,1% à 8.975 dollars, après avoir brièvement reculé de 5,1% à 8.890,50 dollars, sa plus forte baisse en séance depuis juillet 2022.
Cette journée noire sur les marchés financiers illustre les craintes grandissantes quant aux conséquences économiques d’une guerre commerciale prolongée entre les États-Unis et la Chine, susceptible de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et de raviver les pressions inflationnistes.