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Les taxes Trump : une balle esquivée, mais pour combien de temps ?

Par Yasser K.
5 avril 2025
Les taxes Trump : une balle esquivée, mais pour combien de temps ?

Face aux taxes douanières de Trump et à la chute des prix pétroliers, l’Algérie traverse un véritable stress-test pour sa diversification économique – opportunité d’accélération ou risque de paralysie?

Quand Donald Trump a annoncé le 2 avril 2025 – jour qu’il a pompeusement baptisé “Liberation Day”– sa décision d’augmenter les droits de douane sur les produits algériens de 18,9% à 30%, on pouvait s’attendre à une onde de choc. Pourtant, Alger est restée étrangement silencieuse. Et pour cause : les hydrocarbures, véritable colonne vertébrale des exportations algériennes vers les États-Unis, ont été miraculeusement exemptés de cette hausse.

Il faut dire que lorsque plus de 2 milliards de dollars sur 2,5 milliards d’exportations sont constitués de pétrole et de carburant, cette exemption ressemble à une bouée de sauvetage. Contrairement à la Chine qui a immédiatement menacé de riposter ou à l’Union européenne qui s’est déclarée prête à une “guerre commerciale”, l’Algérie a choisi la voie de la discrétion diplomatique – une approche prudente mais révélatrice de sa vulnérabilité structurelle.

La dégringolade des prix du pétrole : un défi gérable mais préoccupant

Si les taxes Trump ont épargné le secteur vital des hydrocarbures, la récente dégringolade des cours du pétrole suscite néanmoins des inquiétudes. Le Brent a plongé sous les 70 dollars le baril (69,63 dollars précisément le 3 avril 2025), un niveau qui mérite attention, mais qui ne constitue pas encore une crise budgétaire immédiate.

En effet, les autorités algériennes ont fait preuve de prudence en élaborant leur budget 2025 sur un prix de référence de 60 dollars le baril, tout en tablant sur un prix de marché moyen de 70 dollars pour la période 2025-2027. Cette marge de sécurité de 10 dollars offre une protection relative contre les soubresauts du marché pétrolier mondial.

Toutefois, comme le soulignait déjà en novembre 2024 le professeur Brahim Guendouzi, “un prix du pétrole inférieur à 80 dollars le baril pourrait exacerber l’inflation et forcer le gouvernement à geler les investissements publics”, entraînant un ralentissement économique qui risque de raviver les tensions sociales. Si sa mise en garde concernait un seuil supérieur au prix de marché anticipé de 70 dollars, elle rappelle néanmoins la sensibilité de l’économie algérienne aux variations du prix du pétrole.

Cette baisse récente résulte d’un cocktail préoccupant associant les craintes de récession mondiale déclenchées par les mesures protectionnistes américaines, l’augmentation de la production de l’OPEP+, et l’appréhension généralisée face à une possible escalade des tensions commerciales internationales.

Pour un pays où les hydrocarbures représentent 95% des exportations, fournissent 75% des recettes de l’État et contribuent à environ 19% du PIB, toute fluctuation prolongée à la baisse pourrait compromettre les objectifs ambitieux de croissance économique fixés à 4,5% pour 2025-2026.

L’effet papillon : quand les tarifs douaniers impactent indirectement l’économie

Il existe une ironie dans cette situation : même exemptés des nouveaux tarifs, les hydrocarbures algériens subissent indirectement l’impact des mesures protectionnistes qui alimentent les craintes d’un ralentissement économique mondial et font pression sur les prix du pétrole. Cette interconnexion révèle la complexité des mécanismes économiques globaux et la vulnérabilité particulière des pays dont l’économie repose essentiellement sur une seule ressource.

Mais cette situation pourrait finalement servir de catalyseur pour l’Algérie. Depuis des décennies, les discours sur la nécessaire diversification économique se succèdent sans que les actes suivent véritablement. Le confort relatif des périodes de hausse des prix pétroliers a généralement permis de reporter les réformes structurelles douloureuses, mais nécessaires.

Les statistiques commerciales récentes montrent quelques lueurs d’espoir : les engrais (170,93 millions de dollars), le sel et autres minerais (86,36 millions), le fer et l’acier (80,04 millions) commencent à émerger comme des alternatives. Mais ces chiffres restent modestes face aux 2,09 milliards de dollars générés par les hydrocarbures.

Le risque de paralysie

Avec un déficit budgétaire déjà projeté à 21,8% du PIB pour 2025, les marges de manœuvre ne sont pas illimitées. Si la baisse du prix du pétrole se poursuivait sous la barre des 70 dollars pendant une période prolongée, les ambitions de croissance pourraient être revues à la baisse.

L’Algérie se trouve ainsi face à un paradoxe temporel. Elle doit diversifier son économie pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, mais cette diversification nécessite des investissements que seule la rente pétrolière peut actuellement financer en volumes suffisants. La prudence budgétaire adoptée offre une certaine protection, mais ne résout pas ce dilemme fondamental.

La combinaison des taxes Trump et de la pression sur les prix pétroliers pourrait finalement créer l’urgence nécessaire pour accélérer les transformations économiques trop longtemps différées : amélioration du climat des affaires, attraction d’investissements étrangers dans des secteurs non-pétroliers, valorisation du capital humain et exploitation des nombreux atouts naturels du pays.

La marge de sécurité intégrée dans le budget 2025 offre une fenêtre d’opportunité pour engager ces réformes sans la pression immédiate d’une crise budgétaire. Mais cette fenêtre n’est pas infinie – si les cours du pétrole devaient s’établir durablement sous les 60 dollars, le temps des choix difficiles arriverait rapidement.

Yasser K.

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