Un fracas médiatique entoure Adil Boulbina depuis son missile en prolongation à la 119e minute des 8es de finale de la CAN 2025 contre la RD Congo. Ce but salvateur, a fait d’un jeune ailier de 22 ans le héros national du jour. Boulbina n’est pas une apparition divine : il est la dernière pépite de l’académie JMG du Paradou AC, celle des frères Zetchi, qui a déjà offert trois champions d’Afrique à l’équipe de Djamel Belmadi en 2019 (Bensebaïni, Attal, Boudaoui,). Derrière ce succès sportif, un modèle économique robuste fait du club jaune et bleu une exception algérienne.
L’usine à talents des frères Zetchi
Fondée en 1994 à Hydra par Kheireddine et Hassen Zetchi avec un noyau d’amis du quartier, le Paradou AC trouve son ADN formateur en 2007 avec l’académie JMG, partenariat pionnier avec Jean-Marc Guillou. Philosophie : détecter dès 12 ans via une cellule dédiée, former au ballon et à l’intelligence de jeu selon la « méthode JMG », en internat avec scolarité obligatoire et encadrement médical. L’investissement initial dépasse 600 000 euros sur sept ans, entièrement privé. Le club pro, de retour en Ligue 1 depuis 2013, sert de vitrine : les jeunes intègrent l’équipe première avant transfert vers l’Europe, le Qatar ou les tops clubs algériens (MCA, JSK, CRB,USMA).
Un business florissant à l’export
Sur 15 ans, les revenus à l’export du Paradou surpassent ceux de nombreuses PME algériennes : plus de 20 millions d’euros cumulés, principalement via sept transactions phares. Hicham Boudaoui à l’OGC Nice (2019) : 4 M€ ; Ramy Bensebaïni vers Rennes (2016) : 2 M€ ; Youcef Attal à Courtrai (2018) : 550 000 € ; Adem Zorgane à Charleroi (2021) : 600 000 € ; Abdelkahar Kadri à Courtrai (2021) : 500 000–1,7 M€ avec 25% revente. Le club vit des plus-values et clauses (jusqu’à 30% sur les reventes), comme pour Zorgane pour son passage de Charleroi à l’Union Saint Gilloise champion de Belgique 2025. Dernier coup maître : Boulbina à Al Duhail (été 2025), estimé à 4 M€ fixe + bonus jusqu’à 7 M€, avec 25% revente, record historique pour un joueur local
Une machine sous pression
L’incarcération de Kheireddine Zetchi à la prison Kolea en 2024 après son mandat à la tête de la FAF (2017–2021), pose-t-elle la viabilité du modèle ? L’accusation de dilapidation et abus de fonction, dans ce qui ressemble à un règlement de compte politique, le fondateur stigmatisé n’a pas encore freiné la machine : le PAC continue d’exporter malgré la pression Encore trois talents la saison der l’ère . À défaut d’avoir inspiré d’autres succès en formation algérienne, cette filière reste menacée de toutes parts. L’essor d’un phénomène Boulbina, qui va consolider la réputation de l’académie sur les trois continents qu’elle approvisionne en talents, pourrait changer l’attitude du pouvoir politique envers cette machine reconnue. L’Algérie regorge de talents : avec plus de 1 millions de licenciés FAF, son gisement footballistique demeure inépuisable.

















