Le paysage automobile algérien, longtemps dominé par le moteur thermique et les circuits d’importation traditionnels, connaît en ce début d’année 2026 un mouvement discret mais réel. Sur les plateformes numériques et chez quelques importateurs spécialisés, une nouvelle offre se développe : celle des véhicules électriques (VE) en provenance de Chine.
Des micro-citadines urbaines aux modèles plus imposants des géants comme BYD ou Geely, ces véhicules tentent de séduire une clientèle confrontée à la cherté persistante du neuf. Sans parler de raz-de-marée, l’attractivité des tarifs laisse entrevoir un grignotage progressif des parts de marché. Jusqu’ici, ce marché était dominé par l’occasion et les modèles thermiques d’entrée de gamme.
Un environnement réglementaire enfin favorable
L’émergence de ce flux ne doit rien au hasard. Elle résulte d’un alignement de facteurs qui rendent, pour la première fois, l’électrique économiquement pertinent en Algérie. Les dispositions de la Loi de finances 2026, notamment l’exonération de la vignette automobile et le maintien d’un abattement fiscal significatif sur l’importation de véhicules « propres », ont réduit l’écart de prix avec le thermique.
Parallèlement, le réseau national de bornes de recharge se déploie plus rapidement sous l’impulsion de Sonelgaz.
Dans le même temps, la stratégie agressive des constructeurs chinois, confrontés à une saturation de leur marché domestique, favorise un dumping à l’exportation. Dans un contexte marqué par l’inflation persistante du coût des véhicules, l’ajustement progressif des prix des carburants à la pompe (hausse au 1er janvier 2026) a aussi un rôle. Par ailleurs, le coût total de possession commence à pencher en faveur du VE pour certains profils urbains. Cela est soutenu par la promesse d’une extension continue du réseau de recharge.
Micro-VE et offensive premium : une offre à deux vitesses
Le marché voit cohabiter deux segments.
D’un côté, les micro-VE ultra-urbains, parfois affichés à moins d’un million de dinars. Leurs performances restent limitées (vitesse bridée à 80 km/h, autonomie réelle d’environ 100 kilomètres). Ils ciblent une niche précise : second véhicule du foyer ou trajets domicile-travail strictement urbains.
De l’autre, une offre plus structurée autour de modèles neufs ou de moins de trois ans, issus de marques comme BYD, Geely ou BAIC. Proposés entre 3 et 4,5 millions de dinars et livrables à Alger, ces modèles concurrencent directement les berlines thermiques européennes. De plus, ils sont dotés d’équipements technologiques souvent supérieurs de série. Ils bénéficient d’une image de modernité qui compense, pour une frange de la classe moyenne, les incertitudes liées à cette technologie encore récente.
Les zones d’ombre : le défi de la pérennité et du SAV
Cette dynamique pourrait toutefois être freinée par des lacunes structurelles. Le principal obstacle reste l’absence d’un réseau de maintenance et de service après-vente (SAV) à la hauteur des exigences techniques du véhicule électrique. La majorité des VE chinois actuellement en circulation proviennent de circuits d’importation directs. Ainsi, cela laisse les propriétaires dans un flou juridique et technique en cas de panne lourde ou de remplacement de batterie.
Par ailleurs, des projets d’assemblage local — comme celui annoncé par Geely ou le partenariat sino-algérien à Naâma — sont évoqués pour 2026. Leur concrétisation effective sera déterminante. Sans filière industrielle nationale capable d’assurer la disponibilité des pièces de rechange et de sécuriser la valeur de revente, le passage à l’électrique pourrait rester perçu comme un risque excessif pour le ménage algérien moyen. En effet, ce public est traditionnellement prudent dans ses choix automobiles.
Une marge de progression réelle, mais sous conditions
Comparée à d’autres marchés émergents, la part de l’électrique en Algérie demeure marginale, loin des taux de pénétration observés en Asie du Sud-Est. Les atouts existent pourtant : un prix domestique de l’électricité très compétitif et un potentiel solaire important pour la recharge.
En 2026, la progression du VE dépendra moins de l’offre — déjà abondante et compétitive côté chinois — que de la capacité des autorités et des opérateurs à structurer un écosystème de confiance. Le grignotage a commencé. Ainsi, pour devenir un choix de masse, l’électrique devra désormais prouver sa fiabilité au-delà de l’effet d’aubaine fiscal.
















