Limitation des transferts en devises : freins pour les voyageurs, pas pour le marché noir

Alors que l’on s’attendait à une revalorisation de l’allocation voyage, la Banque d’Algérie surprend en abaissant le seuil exportable des devises par déclaration bancaire. Le voyageur qui avait le droit d’exporter jusqu’à 7 500 euros sur ses fonds propres à chaque sortie du territoire, ne peut désormais plus dépasser ce même montant pour l’année. Quels objectifs assigne-t-on à cette mesure ?

Cette nouvelle disposition viendra d’abord compliquer la vie du touriste algérien dont l’allocation touriste n’assure pas un pouvoir d’achat suffisant à l’étranger. Avec plus ou moins 90 euros au taux bancaire pour les adultes et la moitié pour les mineurs, le touriste algérien doit, au vu et su de tous, recourir au marché parallèle pour constituer son budget-dépenses lors de voyages à l’étranger.

A titre comparatif, le touriste tunisien adulte a droit à environ 1700 euros par an, alors que le Maroc alloue pas loin de 4000 euros/an à ses touristes, indifféremment de leur âge. Bien qu’elle occasionnera des tracas au touriste lambda, cette mesure devrait néanmoins corriger un peu ce que certains experts assimilent tout de même à une anomalie.

Pour eux, le seuil de 7 500 euros par passeport et par voyage était anormalement élevé. Une petite opération d’arithmétique donne une idée de ce que pouvait exporter une famille de 4 membres en trois voyages dans l’année. Ces devises achetées au marché noir alimentent les comptes bancaires à l’étranger.

Pour autant, cette décision de la Banque d’Algérie ne fera pas frémir le marché noir de la devise.
Comme elle ne concerne que les transferts en espèces, on ne peut pas s’attendre à ce que les particuliers et les opérateurs informels cessent de fréquenter les places financières au noir.

Le dinar continue à s’y échanger librement contre toutes les devises du monde. Les Algériens convertissent à loisir leurs revenus et leurs économies pour les réinjecter sur des comptes devises sécurisés.

Une autre pratique courante consiste à alimenter le marché noir de la devise sans devoir rien transférer, ni dans un sens ni dans un autre. Les touristes et les étudiants en manque de devises changent leurs dinars en euro ou en dollars une fois de l’autre côté. Les dinars seront récupérés en Algérie selon un code de confiance. Ni vu ni connu et aucune trace de transfert.

Loin de l’objectif du marché des changes

Que cherche-t-on donc à obtenir en limitant ainsi le seuil des devises exportables ? « Certainement pas l’instauration d’un marché des changes », répond un ancien haut fonctionnaire. Pour lui, il ne s’agit là encore que d’une réponse administrative à un problème économique, la démonstration d’une politique en défaveur d’un dinar convertible.

L’instauration d’un marché des changes figurait pourtant parmi les objectifs des réformes menées dans les années quatre-vingt-dix. La version initiale de la loi sur la monnaie et le crédit avait suscité de grands espoirs. Elle introduisait des principes cardinaux. Le premier en était l’autonomie de la Banque d’Algérie. C’était le préalable à l’instauration d’un marché des changes officiel.

Depuis, la loi a subi trois amendements, chacun amenuisant davantage les prérogatives de la Banque d’Algérie jusqu’à en faire une caisse d’enregistrement de la monnaie en lieu et place d’une autorité de régulation.
Le taux de change qui demeure très élevé au noir est bien la preuve de l’inefficacité de cette mesure si tant est que l’on tentait, au travers d’elle, de mettre sous contrôle le marché informel des changes. Quoi qu’il faudrait alors envisager de le remplacer par un marché transparent, soumis à des règles rigoureuses émanant de la seule autorité de la Banque centrale.

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