Au moment où la consommation explose durant le mois sacré, le marché des dattes en Algérie révèle un paradoxe frappant : une production historique mais des agriculteurs qui peinent à écouler leurs stocks. Derrière l’abondance, la filière traverse une zone de turbulence. Chambres froides saturées, prix instables et exportations limitées freinent un secteur pourtant considéré comme stratégique pour l’économie agricole nationale.
Production record mais difficultés à écouler la marchandise
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données sectorielles, le pays a dépassé « 1,3 million de tonnes récoltées » sur une superficie supérieure à « 179 000 hectares », ce qui place l’Algérie parmi les leaders mondiaux. Elle est même « deuxième en superficie derrière l’Irak », preuve de son immense potentiel agricole. Le territoire compte plus de « 18 millions de palmiers dattiers ».
Mais cette performance cache une difficulté structurelle : produire ne suffit pas. Plusieurs agriculteurs affirment qu’ils refusent de vendre à perte, faute de débouchés suffisants. Un député a récemment alerté sur la situation, évoquant des entrepôts remplis et une commercialisation bloquée. Sans accélération des exportations, la surproduction risque d’exercer une pression à la baisse sur les prix de gros, ce qui fragilise les exploitants.
Un marché local sous tension malgré l’abondance
Sur les marchés de gros, les meilleurs lots se vendent autour de « 400 dinars le kilo », tandis que la qualité moyenne oscille entre « 150 et 200 dinars ». Pourtant, pour le consommateur, la réalité est différente : au détail, les prix atteignent souvent « 350 à 450 dinars », et peuvent grimper jusqu’à « 800 dinars » pour certaines variétés premium.
Ce décalage entre prix de gros et prix de détail alimente l’incompréhension. Beaucoup d’acheteurs jugent les dattes trop chères, surtout en période de forte demande comme Ramadan. Les commerçants, eux, évoquent les coûts de transport, de stockage et de distribution. Résultat : malgré une production record, le marché intérieur reste déséquilibré, avec une perception de cherté persistante.
Exportations : un potentiel immense mais encore sous-exploité
Sur le plan international, l’Algérie progresse mais reste loin de ses capacités réelles. Les exportations sont passées de « 69 000 tonnes pour 71 millions de dollars en 2020 » à « 83 000 tonnes pour 73 millions de dollars en 2023 », avec une présence dans « plus de 90 pays ». Des chiffres encourageants mais encore modestes pour un géant agricole.
La comparaison avec la Tunisie est révélatrice. Ce pays, classé seulement neuvième producteur mondial avec « 386 400 tonnes » sur « 80 500 hectares », a généré « 260 millions d’euros d’exportations en 2024-2025 ». Autrement dit, un volume inférieur mais une valeur bien plus élevée. Cela souligne un défi majeur pour l’Algérie : améliorer la valorisation commerciale plutôt que seulement augmenter la production.
La qualité, pourtant, est reconnue. Le portail gastronomique TasteAtlas a classé la Deglet Nour algérienne première mondiale avec « une note de 4,2 sur 5 » parmi 41 variétés évaluées. Une distinction internationale qui confirme que le produit possède tous les atouts pour s’imposer davantage sur les marchés étrangers, notamment européens et nord-américains.
Un secteur clé pour l’avenir agricole et économique
La filière dattière n’est pas un simple segment agricole : elle représente l’un des rares secteurs capables de générer des devises hors hydrocarbures. Elle constitue aussi une source de revenus essentielle pour des milliers d’agriculteurs du Sud. Pourtant, les professionnels estiment qu’en l’absence d’une stratégie claire logistique, export, transformation industrielle le potentiel restera sous-exploité.
Certains experts avancent que les recettes pourraient atteindre « dix fois plus » si la structuration commerciale suivait le rythme de la production. Cela implique une meilleure organisation des circuits d’exportation, une modernisation du conditionnement et une présence plus forte sur les salons internationaux.
















