Métaux précieux : un gouffre fiscal qui coûte des milliards à l’État chaque année

Métaux précieux : un gouffre fiscal qui coûte des milliards à l’État chaque année
Un secteur à 114,6 millions de dollars déclaré… et bien plus encore dans l’ombre.

Le commerce des métaux précieux en Algérie brasse des milliards mais échappe largement au fisc. Un secteur opaque où chaque gramme échappé creuse le déficit.

Le secteur des métaux précieux algérien génère un manque à gagner fiscal qui peut se chiffrer à plusieurs milliards de dinars annuels. Pendant que l’État cherche désespérément à diversifier ses recettes hors hydrocarbures, ce pan entier de l’économie reste largement en dehors de l’impôt. Les autorités tentent aujourd’hui de reprendre le contrôle dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Selon les données de la Direction générale des impôts, ce secteur représente une fuite fiscale significative. Les transactions s’effectuent massivement en espèces, rendant impossible tout contrôle efficace des revenus déclarés. Cette opacité permet aux opérateurs de sous-évaluer systématiquement leur chiffre d’affaires, privant le Trésor public de recettes substantielles.

L’économie parallèle trouve dans l’or un refuge idéal. Les importateurs gonflent artificiellement leurs coûts d’achat pour réduire leurs marges apparentes. Les bijoutiers et négociants minimisent leurs ventes réelles. Cette double manipulation comptable génère des pertes fiscales considérables sur l’impôt sur les bénéfices des sociétés, la TVA et les droits de douane.

Le phénomène prend une dimension macroéconomique préoccupante. Chaque gramme d’or vendu sans facture alimente potentiellement le marché parallèle des devises. Les acheteurs payent en dinars non déclarés, puis revendent souvent à l’étranger contre des devises fortes. Ce circuit parallèle affaiblit le dinar et prive la Banque d’Algérie d’une partie du contrôle sur les flux de change.

Les chiffres donnent la mesure du gouffre. Le chiffre d’affaires déclaré du secteur a atteint 15,37 milliards DA (≈114,6 millions USD) en 2024 pour 21 336 opérateurs. Le niveau de vulnérabilité du secteur, bien qu’en baisse de 20 % entre 2024 et 2025 (de 0,81 à 0,61), reste très élevé. Cette amélioration marginale masque la persistance de dysfonctionnements structurels qui coûtent cher aux finances publiques.

Un secteur qui fausse la concurrence

L’évasion fiscale massive dans le commerce des métaux précieux crée une distorsion économique majeure. Les entreprises respectueuses de leurs obligations fiscales subissent une concurrence déloyale face à des opérateurs qui bénéficient d’un avantage de coût artificiel de 20 à 30 %, correspondant aux charges fiscales et sociales évitées.

Cette situation nuit à la compétitivité globale de l’économie nationale. Les secteurs soumis à une fiscalité normale voient leurs marges comprimées, limitant leurs capacités d’investissement et d’emploi. Pendant ce temps, le commerce informel de l’or prospère, détournant des capitaux qui pourraient irriguer l’économie productive.

Le blanchiment fiscal via les métaux précieux s’est sophistiqué. Les réseaux utilisent des montages complexes impliquant plusieurs sociétés écrans réparties sur le territoire national. L’or sert de passerelle pour transformer des revenus non déclarés en actifs apparemment légitimes, tout en échappant aux contrôles fiscaux.

Cette mécanique prive l’État de ressources indispensables à ses politiques de développement. Alors que les autorités multiplient les appels aux investissements étrangers et cherchent de nouvelles sources de financement, des milliards de dinars continuent d’échapper à l’impôt dans un secteur parfaitement identifié.

Les enjeux dépassent la simple récupération de recettes. Dans une économie encore largement dépendante des hydrocarbures, chaque secteur d’activité compte pour diversifier les ressources publiques. Le commerce des métaux précieux, correctement fiscalisé, pourrait contribuer significativement au budget de l’État et financer des investissements productifs.

La digitalisation progressive des paiements offre une solution technique crédible. L’obligation de règlements électroniques au-delà de seuils déterminés permettrait de tracer les transactions et de contrôler la réalité des déclarations fiscales. Couplée à un renforcement des contrôles douaniers sur les importations, cette mesure pourrait considérablement réduire les possibilités d’évasion.

Mais la réforme nécessaire bouleversera les habitudes d’un secteur traditionnel qui emploie des milliers de personnes. L’État doit arbitrer entre le maintien du statu quo, qui lui coûte cher, et une modernisation forcée qui risque de provoquer des résistances importantes.

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