La tension a brutalement franchi un seuil supplémentaire au Moyen-Orient. La mort confirmée du Guide suprême, Ali Khamenei, a ouvert une phase de transition inédite. Un triumvirat a été désigné pour assurer l’intérim : le président Massoud Pezechkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et un juriste du Conseil des gardiens de la Constitution.
Dans le même temps, les gardiens de la Révolution ont promis « l’offensive la plus féroce de l’histoire » de la République islamique contre Israël et les États-Unis, évoquant des frappes imminentes contre les « territoires occupés » et les « bases terroristes américaines ». La fermeture du détroit apparaît ainsi comme le premier levier concret d’une riposte stratégique.
Les gardiens de la révolution ont mis à exécution le blocage du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial des hydrocarbures. Des sources occidentales confirment que le passage est fermé. Plusieurs navires ont indiqué avoir reçu des messages des transmissions iraniennes les informant que la circulation était interdite dans le détroit.
Des armateurs de grandes compagnies pétrolières, gazières et commerciales ont simultanément suspendu le transport de pétrole brut, de carburants et de gaz naturel liquéfié (GNL). Les navires s’accumulent désormais à proximité des ports, notamment à Fujairah, aux Émirats arabes unis.
Le groupe allemand de transport maritime Hapag-Lloyd a annoncé la suspension de tout transit par le détroit d’Ormuz jusqu’à nouvel ordre, avertissant que les escales dans les ports du Golfe pourraient subir des retards ou nécessiter des modifications d’itinéraire.
Un goulet d’étranglement mondial
Large d’à peine une cinquantaine de kilomètres entre les côtes iraniennes et celles du sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique à l’océan Indien. Il constitue le principal corridor énergétique de la planète.
Environ un cinquième du pétrole consommé quotidiennement dans le monde – soit près de 20 millions de barils par jour au premier trimestre 2025 – y transite. Le Koweït, l’Irak et le Qatar dépendent du détroit pour la totalité de leurs exportations. L’Arabie saoudite y fait passer environ 6,6 millions de barils par jour et les Émirats arabes unis 3,3 millions.
Seule une fraction limitée de ces volumes pourrait être détournée. L’Arabie saoudite dispose d’un oléoduc reliant l’est du pays à la mer Rouge ; les Émirats arabes unis ont construit une canalisation aboutissant dans le golfe d’Oman, contournant Ormuz. Mais, les capacités cumulées de ces infrastructures, estimées à environ 6,5 millions de barils par jour, restent très inférieures aux flux habituels.
L’essentiel des cargaisons est destiné à l’Asie, notamment à la Chine, à l’Inde, à la Corée du Sud et au Japon. L’impact est également majeur pour le gaz naturel liquéfié : le Qatar et les Émirats ont exporté, en 2024, environ 84 millions de tonnes de GNL, soit près de 20 % de l’offre mondiale.
Choc inflationniste en perspective
Une fermeture prolongée de cette voie commerciale vitale entraînerait mécaniquement une flambée des prix de l’énergie et pourrait déclencher une nouvelle vague d’inflation sur des marchés mondiaux déjà fragilisés par la guerre en Ukraine.
Le choc serait particulièrement sévère pour l’Asie, qui dépend de cette liaison maritime pour environ 75 % de ses importations de pétrole brut et de gaz. Selon les projections d’Oxford Economics, le baril de Brent pourrait s’envoler vers 140 dollars, contre 73 dollars la veille de l’agression israélo-américaine.
















