Le Conseil des ministres de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), a approuvé le lancement de la première phase opérationnelle de son ambitieux projet de navigation fluviale, prévu pour le mois d’avril 2026, lors de sa 78ᵉ session ordinaire, la semaine passée à Nouakchott. Une décision qui marque le passage du projet du stade de planification à celui de la mise en œuvre effective.
Longtemps considéré comme le troisième pilier historique du programme d’intégration régionale de l’OMVS, le projet est également jugé, par des observateurs, comme structurant non seulement pour les pays riverains du fleuve Sénégal, mais aussi pour l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest et ses connexions avec l’Afrique du Nord.
Un appel pressant à la mobilisation financière des États membres
Tout en validant le démarrage de cette première phase, le mois d’avril prochain, les ministres ont invité les États membres, dont le Sénégal, le Mali, la Mauritanie et la Guinée, à accélérer la finalisation de leurs engagements financiers. Le Haut-Commissariat de l’OMVS a, de son côté, été chargé, en coordination avec la Société de gestion et d’exploitation de la navigation (SOGENAV), d’explorer des mécanismes de financement complémentaires afin d’assurer la couverture des phases ultérieures du projet.
Un responsable malien présent à la session a précisé que l’option retenue pour cette première étape repose sur la mobilisation intégrale de ressources endogènes. Les États membres ont ainsi convenu d’engager un financement de 7,38 milliards de FCFA pour cette première phase sur un coût total de 35 milliards.
Un projet ancien, longtemps freiné par la contrainte financière
Le projet de navigabilité du fleuve Sénégal ne constitue pas une initiative nouvelle. Dès la création de l’OMVS en 1972, dans un contexte marqué par les grandes sécheresses sahéliennes, la navigation figurait aux côtés de l’hydroélectricité et de l’agriculture irriguée parmi les trois axes structurants du programme régional d’infrastructures.
Si les deux autres volets ont connu des avancées significatives, la navigation est restée, pendant plusieurs décennies, le maillon retardataire. En 2023, lors du 51ᵉ anniversaire de l’OMVS, le directeur général de la SOGENAV, Amadou Diallo, expliquait déjà que ce retard était principalement lié à la difficulté de mobiliser des financements à la hauteur du coût global du projet, initialement estimé à plus de 500 milliards de francs CFA.
Face à l’échec des tentatives de financement global et au retrait de partenaires extérieurs, notamment après la pandémie de Covid-19, l’OMVS avait opté pour une stratégie de phasage, misant sur un démarrage progressif à partir d’infrastructures essentielles, financées par les États membres eux-mêmes.
Conscients que les 35 milliards de francs CFA engagés ne suffiront pas à couvrir l’ensemble du projet, les États membres et la SOGENAV misent cette fois sur des mécanismes complémentaires, incluant des partenariats public-privé et, à terme, des financements liés à la transition énergétique et au transport vert.
Un potentiel économique et logistique majeur pour la région
Selon des études techniques, cette première phase doit permettre de rétablir une navigation pérenne entre Saint-Louis, au Sénégal, et Ambidédi, au Mali, avant une extension progressive vers des solutions fluvio-maritimes et multimodales. À terme, le projet vise à offrir une alternative logistique compétitive au transport routier et ferroviaire, avec des coûts annoncés inférieurs de 40 à 50 %.
Au-delà du transport de marchandises agricoles, la navigation fluviale est également perçue comme un levier clé pour le développement du secteur minier dans le bassin du fleuve Sénégal, riche en fer, bauxite et phosphates. La rentabilité du projet est ainsi étroitement liée à la capacité à capter ces flux massifs, dans un contexte régional marqué par la recherche de corridors logistiques plus durables et moins polluants.
















